Sahara occidental : Impasses diplomatiques et quête d’autodétermination
Le Sahara occidental est au coeur d’un conflit territorial prolongé, marqué par des décennies de tensions et de blocages diplomatiques, mettant en jeu des intérêts locaux, régionaux et internationaux. Ce territoire, situé au nord-ouest de l’Afrique, est au coeur d’une lutte acharnée entre le Maroc, qui contrôle et occupe actuellement environ 80 % du territoire, et le Front Polisario qui revendique l’indépendance du Sahara occidental. Cette situation est exacerbée par les rivalités géopolitiques entre le Maroc et l’Algérie, ainsi que par des enjeux économiques liés aux riches ressources naturelles présentes sur le territoire.

Histoire d’un conflit d’usure
C’est lors des accords de Madrid en 1975 que l’Espagne se retire du Sahara occidental, laissant place à la partition du territoire entre le Maroc et la Mauritanie. Cependant, le Front Polisario est fondé deux années plus tôt, acronyme faisant référence au Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro. À la même période est également crée la République arabe sahraouie démocratique (RASD) afin de mettre fin à l’occupation espagnole et réclamer un droit à l’autodétermination. Cette dernière a lancé une lutte armée pour l’indépendance, conduisant à un conflit militaire contre les forces marocaines. La Mauritanie s’est finalement retirée du conflit en 1979, reconnaissant le Polisario.
En 1991, après de longues années de négociation, un cessez-le-feu a été établi par les Nations unies. Le referendum proposé qui avait pour objectif l’autodétermination pour la population sahraouie n’a jamais eu lieu en raison de désaccords sur la composition de l’électorat et des choix proposés. Le Maroc propose alors en 2007 un plan d’autonomie pour la région sous sa souveraineté, tandis que le Front Polisario continue de réclamer un référendum prônant l’indépendance.
La population sahraouie a dû surmonter de nombreux défis au fil des ans. Depuis les années 1990, elle a été témoin de la transformation radicale des villes du Sahara occidental par le Maroc, qui a non seulement établi ses propres citoyens dans la région, mais a également réussi à gagner le soutien de plusieurs États africains ainsi que des Etats Unis pour ses revendications territoriales. Dans le même temps, les Sahraouis vivent sous la menace constante d’éventuelles attaques de l’armée marocaine, accentuant ainsi leur sentiment d’insécurité et de vulnérabilité.
C’est après 29 ans de cessez-le-feu que le Maroc viole ce dernier après l’attaque du 13 novembre 2020 contre des manifestants sahraouis pacifiques dans la zone tampon d’El-Guerguerat.
L’ONU considère actuellement la RASD comme un état non-autonome bien qu’elle soit officieusement revenue sur sa décision. Elle a tenté de faciliter des négociations grâce à Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et également mis l’accent sur la situation des droits humains au Sahara occidental. Toutefois, ces efforts ont souvent été entravés par des divergences profondes entre les deux parties.
Quelles sont les positions des différents acteurs ?
Le Maroc
Le Maroc considère le Sahara occidental comme faisant partie de son territoire. Depuis la fin des années 1970, il y a consolidé ses positions militaires, notamment avec la construction du mur des sables, une fortification de 2 700 kilomètres qui sépare les zones sous contrôle marocain des territoires occupés par le Front Polisario. Le Maroc bénéficie également d’un soutien international croissant pour son plan d’autonomie. À la suite de l’hospitalisation en Espagne de Brahim Ghali, militant sahraoui et fondateur du Front Polisario, une crise diplomatique majeure se déclenche entre Madrid et Rabat culminant en mai 2021 avec l’entrée de plus de 10 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta en seulement vingt-quatre heures après un assouplissement des contrôles marocains. Pour résoudre cette situation, l’Espagne avait décidé de soutenir le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Ce revirement a suscité l’indignation de l’Algérie qui a suspendu sa coopération avec l’Espagne, rappelé son ambassadeur et menacé d’augmenter les prix du gaz algérien destiné à Madrid.
En parallèle, le Maroc a réussi à mobiliser son réseau diplomatique pour obtenir le soutien d’autres puissances occidentales. La reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental sous l’administration Trump en 2020 a été un tournant majeur dans la diplomatie marocaine. Cette reconnaissance est intervenue dans le cadre des accords d’Abraham, par lesquels le Maroc a normalisé ses relations avec Israël. De plus, Berlin et d’autres capitales européennes ont également exprimé leur soutien à l’initiative d’autonomie marocaine, la qualifiant de « base sérieuse » pour une résolution du conflit.
Le Royaume du Maroc, en revanche, possède l’une des armées les plus puissantes d’Afrique, financée notamment par l’état d’Israël via une importante importation d’armes. Comme le précise Riccardo Fabiani, directeur du projet de recherche de Crisis Group : « C’est un pays qui investit dans ses installations de défense, en particulier au Sahara occidental, depuis des décennies. Ils ont donc des équipements de détection, des radars, des drones et toutes sortes d’installations le long du mur des Sables. Ils peuvent repérer une unité à plus de 50 kilomètres de distance. Ils n’ont pas besoin d’attendre qu’ils soient proches du mur. »
Le Front Polisario et l’Algérie
Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, milite depuis sa création pour l’indépendance totale du Sahara occidental et considère le Maroc comme une puissance occupante. Selon le Front Polisario, la décolonisation du Sahara occidental ne sera pas achevée tant que la population sahraouie n’aura pas pu exercer son droit à l’autodétermination. L’Algérie, forte de son propre passé colonial français, soutient inconditionnellement le
Polisario, tant sur le plan militaire que diplomatique. L’Algérie héberge des réfugiés sahraouis dans des camps à Tindouf, où vivent actuellement environ 180 000 Sahraouis dans des conditions précaires. Il offre un soutien logistique, financier et politique au Polisario.
L’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc en 2021, considérant que la question du Sahara occidental est une lutte anticoloniale légitime. Selon des analystes, l’Algérie profite également de son statut de grand exportateur de gaz, renforcé par la guerre en Ukraine, pour asseoir son influence régionale et contrer l’influence marocaine.
Enjeux économiques et géopolitiques
Le Sahara occidental possède d’importantes ressources naturelles, notamment des phosphates, des pêcheries et des potentiels gisements de pétrole et de gaz offshore. Le Maroc contrôle la majorité des zones riches en ressources, ce qui lui permet de bénéficier économiquement de ce territoire. En 2023, selon l’ONG Western Sahara Watch, environ 1,6 million de tonnes de phosphates ont été exportées depuis le Sahara occidental, représentant 8 % des exportations totales du Maroc.
Cependant, le Front Polisario conteste cette exploitation des ressources, la qualifiant de pillage illégal, une position renforcée par des décisions de la Cour de justice de l’Union européenne. En octobre 2024, cette dernière a annulé des accords commerciaux entre l’UE et le Maroc concernant ces territoires, expliquant que le consentement de la population sahraouie n’avait pas été obtenu, ce qui enfreint le droit à l’autodétermination.
Droit à l’autonomie des tribus
Dans le Sahara, plusieurs tribus nomades vivent depuis des siècles en harmonie avec ce milieu hostile. Les populations sahraouies se divisent en trois grands groupes tribaux : les Reguibat et les Tekna, majoritairement issus des Berbères Sanhaja, et les Ouled Delim, d’origine arabe Ma’qil. Ces communautés possèdent une connaissance ancestrale des routes commerciales, des points d’eau, et des cycles climatiques qui leur permettent de survivre dans des conditions extrêmes.
Selon le droit international, en particulier la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et la Convention 169 de l’OIT, ces tribus ont le droit à l’autodétermination. Cela leur garantit la possibilité de maintenir leur mode de vie traditionnel, de préserver leurs terres ancestrales et de participer aux décisions politiques qui les concernent, comme le veut le Front Polisario. Leur capacité à gouverner eux-mêmes leurs territoires est d’autant plus cruciale puisque ces régions, bien qu’inhospitalières, sont souvent riches en ressources naturelles, ce qui attire des intérêts extérieurs menaçant leur autonomie.
La situation actuelle : entre guerre diplomatique et conflits sporadiques
Depuis la rupture du cessez-le-feu en novembre 2020, les tensions au Sahara occidental se sont considérablement intensifiées. Le Front Polisario, bien que faiblement équipé comparé à l’armée marocaine, mène des attaques discontinues contre les positions marocaines le long du mur des sables. Ce conflit inclut des frappes de drones et des bombardements à distance, visant principalement à maintenir la pression sur les troupes marocaines. Le Maroc, quant à lui, a modernisé son arsenal militaire avec des drones et des radars sophistiqués, le plaçant parmi les armées les mieux équipées d’Afrique.
En parallèle, la rivalité diplomatique entre le Maroc et l’Algérie se renforce, engendrant des tensions qui s’étendent souvent à d’autres contextes. Ainsi, des frictions diplomatiques avec la Tunisie se sont manifestées lorsque le président tunisien a reçu Brahim Ghali lors d’un sommet économique en 2022, ce qui a conduit à l’absence des délégués marocains à plusieurs événements régionaux.
Conclusion
Le conflit du Sahara occidental demeure l’un des enjeux non résolus les plus complexes de notre époque, mêlant des questions de souveraineté, de décolonisation et de géopolitique régionale. Le Maroc, soutenu par des grandes puissances internationales, défend un plan d’autonomie qui propose une certaine forme d’autogestion pour les Sahraouis tout en étant sous leur gouvernance. En revanche, le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, insiste sur l’urgence d’un référendum d’autodétermination, une prérogative reconnue par le droit international.
Cette impasse entraîne non seulement des tensions croissantes, mais elle plonge également les Sahraouis dans une incertitude durable, les privant de la possibilité de décider de leur avenir. Tant que cette question reste sans solution, le Sahara occidental continuera de souffrir d’un statu quo dangereux. Pour espérer un avenir pacifique, il est impératif d’encourager un dialogue constructif et de respecter le droit du peuple sahraoui à s’exprimer sur son destin.



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