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La fin de l’ère Assad en Syrie, mais à quel prix ?

Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2024, Bachar al-Assad, alors président de la Syrie, a fui son pays pour la Russie après la prise de Damas par des forces rebelles (HTS) dirigées par Al-Joulani. Cet événement marque la fin de 54 ans de domination de la famille Assad.

L’offensive, qualifiée d’éclair, a pris de court le régime, déjà affaibli par les sanctions internationales, les dissensions internes, et l’érosion progressive du soutien de ses alliés comme la Russie et l’Iran. Ce renversement soudain soulève de nombreuses questions sur l’avenir de la Syrie, un pays profondément divisé où les nouvelles forces dominantes inspirent autant d’espoir que d’inquiétudes. Alors que certains y voient la possibilité d’une transition politique vers une forme de stabilité, d’autres redoutent l’émergence de nouvelles formes de violence et de chaos sous la domination des factions rebelles​.

Qui sont ces forces rebelles ?

Hayat Tahrir al-Sham (HTS) est un groupe jihadiste syrien, anciennement connu sous le nom de Front al-Nosra, une branche d’Al-Qaïda en Syrie. Bien qu’il se soit séparé d’Al-Qaïda en 2016, il reste une force militaire dominante dans certaines régions du pays, où il exerce une forme de gouvernance locale. HTS est dirigé par Abu Mohammad al-Joulani et cherche à se présenter comme un acteur politique légitime tout en restant fidèle à des principes islamistes.

Cependant, son passé extrémiste et ses méthodes autoritaires, telles que la répression de ses rivaux, compliquent sa reconnaissance sur la scène internationale.

Pourquoi le départ d’Assad suscite-t-il de l’espoir parmi les Syriens ?

Le départ de Bachar al-Assad suscite un immense espoir parmi de nombreux Syriens, car il marque potentiellement la fin d’un régime dictatorial qui, pendant plus de 20 ans, a imposé une répression violente à leur encontre. Assiégé par des accusations de crimes contre l’humanité, il est tristement célèbre pour avoir « attaqué sa propre population », menant des campagnes de bombardements aériens, des attaques chimiques et des répressions sanglantes contre les manifestants pacifiques et les opposants politiques.

Ce régime, responsable de la mort de centaines de milliers de Syriens et du déplacement de millions d’autres, incarne l’oppression et la terreur. Sa chute est perçue par beaucoup comme une opportunité de changement, une lueur d’espoir pour un avenir où le peuple syrien pourrait enfin retrouver sa dignité et ses libertés fondamentales. Pour de nombreux Syriens, la fin du régime Assad ouvre la voie à la possibilité d’une transition vers un futur où la Syrie pourrait se reconstruire, loin des abus qui ont marqué des décennies de répression et de souffrances.

Cependant, cet espoir demeure fragile, car le pays reste divisé et en proie à l’ingérence de puissances étrangères et à la montée de groupes extrémistes. La question demeure donc ouverte : le départ d’Assad ouvrira-t-il la voie à la réconciliation et à la paix, ou l’instabilité et la violence persistera-t-elle sous d’autres formes de pouvoir ?

Quels sont les risques d’un régime dirigé par al-Joulani ?

Un régime dirigé par al-Joulani comporterait plusieurs risques pour la Syrie, tant sur le plan politique que social.

Bien qu’il cherche à se présenter comme une alternative au régime de Bachar al-Assad, le groupe reste profondément ancré dans des idéaux islamistes radicaux. Contrairement à Assad, qui, bien qu’autoritaire, a maintenu une structure laïque, HTS vise à établir un gouvernement basé sur une interprétation stricte de la charia. Cette orientation pourrait entraîner la mise en place d’un régime autoritaire similaire avec des restrictions sévères sur les libertés individuelles.

Des rapports sur la situation dans les zones contrôlées par HTS font état de violations graves des droits de l’homme, telles que la répression de la dissidence et la persécution de groupes rivaux. La pression exercée sur ceux qui s’opposent au groupe ainsi que la limitation des libertés civiles rappellent les méthodes de gouvernance oppressives qui ont marqué la guerre civile syrienne sous d’autres régimes autoritaires

Ensuite, al-Joulani et son groupe sont profondément liés à un islamisme radical, ce qui pourrait entraîner une polarisation accrue en Syrie. La situation des régions sous contrôle d’HTS a montré que, bien qu’ils prétendent viser une « stabilité islamique », la répression et la censure sont omniprésentes. De plus, la gestion économique et sociale dans ces zones reste fragile, avec peu d’infrastructures fonctionnelles et des conditions de vie précaires pour la population locale​.

L’inconnu après la fin

Le rôle de la communauté internationale dans la transition syrienne demeure incertain. Des pays comme les États-Unis et la Turquie plaident pour un dialogue avec l’opposition et une transition pacifique. Cependant, la Russie et l’Iran, principaux alliés de Bachar al-Assad, continuent de le soutenir, ce qui rend toute réconciliation complexe.

Si le départ de Bashar al-Assad marque la fin d’une ère, il soulève la question de ce qui viendra ensuite. La chute d’une dictature peut-elle véritablement annoncer l’avènement d’une période de paix et de renouveau, ou sommes-nous à l’aube d’un autre conflit politique majeur, où les incertitudes viendront alourdir la souffrance d’un peuple déjà épuisé par plus d’une décennie de guerre ? L’avenir de la Syrie, malgré la disparition d’Assad, demeure une énigme, sans certitude tangible.

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