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Déconnecter ou sombrer ? La fatigue informationnelle nous menace

En 2025, nous vivons dans un climat médiatique très inquiétant. Les guerres en Ukraine et à Gaza, Trump aux États-Unis ainsi que la montée de l’extrême droite dans plusieurs pays, nous amènent à nous surinformer tout en amenant une bonne dose d’anxiété quant à notre avenir. Chaque jour, de plus en plus de personnes ressentent de l’angoisse et du stress en allumant leur télévision ou en consultant les nouvelles sur Internet. Ce phénomène, en constante expansion depuis plusieurs années, a été mis en lumière par un rapport de la Fondation Jean Jaurès en 2022, qui démontre que la fatigue informationnelle touche un nombre croissant d’individus. Jamais auparavant nous n’avons eu accès à autant d’informations en un simple clic. Pourtant, cette abondance ne signifie pas nécessairement une meilleure compréhension du monde : au contraire, elle engendre stress et confusion, poussant de plus en plus de personnes à se détourner de l’actualité.

Infobésité : trop d’informations tue l’information

Nous vivons dans un monde où l’information circule partout et tout le temps, soumettant notre cerveau à un bombardement médiatique incessant. Cette surcharge cognitive, appelée fatigue informationnelle, n’est pas seulement une impression : elle repose sur des mécanismes bien réels qui affectent notre capacité à nous informer efficacement.

Avec la multiplication des plateformes d’information, le flot de contenus publiés chaque jour est devenu vertigineux. Que ce soit des articles, des reportages, des tweets ou des posts sur les réseaux sociaux, il est devenu impossible de suivre l’ensemble de l’info qui nous est présentée. Une surcharge informationnelle qui pèse sur la santé mentale.

L’infobésité pousse aussi à une course au scoop, parfois au détriment même de l’analyse et du recul. Les journalistes ne prennent plus le temps de vérifier leurs informations en voulant aller plus vite. Les articles sont plus courts, concis et nombreux. Résultat de tout ça, c’est qu’au lieu de mieux nous informer, cette profusion d’actualités finit par brouiller notre compréhension du monde et de l’actualité. On passe d’un sujet à l’autre sans jamais approfondir, et l’overdose d’informations nous empêche de distinguer l’essentiel du superflu. Déjà en 1981, le sociologue Edgar Morin écrivait sur cette infobésité croissante :

« Il est étonnant que l’on puisse déplorer une surabondance d’informations. Et pourtant, l’excès étouffe l’information quand nous sommes soumis au déferlement ininterrompu d’évènements sur lesquels on ne peut méditer parce qu’ils sont aussitôt chassés par d’autres évènements. Ainsi, au lieu de voir, de percevoir les contours, les arêtes de ce qu’apportent les phénomènes, nous sommes comme aveuglés par un nuage informationnel. »

Un exemple concret de cette surcharge d’information est la couverture médiatique durant la pandémie du COVID-19. Dès le début, des tweets, vidéos et articles en tout genre ont envahi le paysage médiatique, mêlant vraie information et fake news. Sous cette avalanche d’informations, beaucoup de personnes se sont senties dépassées, stressées, voire désorientées, ne sachant plus quelle source croire.

Malheureusement, ce paradoxe mène aux désengagements des individus envers les médias d’information, mais aussi, ils deviennent plus vulnérables à la désinformation. Pour éviter ces dérives, il est essentiel d’apprendre à mieux gérer notre consommation d’actualités et à développer un esprit critique face aux contenus que nous lisons.

Charge mentale

La surcharge informationnelle n’est pas qu’une simple impression de trop-plein, elle a de véritables conséquences sur notre cerveau, notre santé mentale et notre rapport aux médias. Face à ce flot constant d’actualité, nous réagissons souvent de deux manières opposées : l’épuisement mental, qui nous pousse à décrocher, ou la confusion, qui nous rend plus vulnérables à la désinformation.

Une charge mentale accrue qui cause du stress, de l’anxiété et des difficultés à se concentrer. La surconsommation d’information mobilise énormément d’énergie cognitive. Notre cerveau doit trier, vérifier, analyser et interpréter des masses de données différentes. Cela fatigue énormément notre capacité de réflexion et de décision. De plus, cette masse d’information est très fractionnée. De Tik Tok à un article en passant par un tweet sur X, notre consommation est complètement fragmentée et cela nuit à notre capacité d’attention. Il devient difficile pour nous de comprendre en profondeur des sujets importants.

Des contenus anxiogènes comme des crises sanitaires, des guerres, des catastrophes ainsi que les fake news qu’ils entraînent, alimentent un climat de stress permanent. L’actualité est dominée par des événements inquiétants, relayés avec une forte charge émotionnelle.

Les médias ne se privent pas de privilégier les informations dramatiques en cherchant à attirer davantage l’attention du public. Ce biais, appelé « negativity bias », nous pousse à consommer davantage d’actualités tout en augmentant notre anxiété. Il est souvent associé au phénomène du doomscrolling, ce réflexe qui nous pousse à scroller sans fin. Celui-ci aggrave notre stress en nous exposant de plus en plus à des nouvelles inquiétantes.

La guerre en Ukraine ou la pandémie du COVID-19 sont des exemples marquants. Les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux diffusaient des images et des témoignages bouleversants 24h/24. Beaucoup de personnes ont développé une « éco-anxiété » ou un « burnout informationnel », se sentant submergées par des événements qu’elles ne pouvaient ni contrôler ni influencer.

Comment lutter contre la fatigue informationnelle ?

Face à cette surcharge médiatique, il est essentiel d’adopter des stratégies pour mieux gérer notre rapport à l’information et retrouver une consommation plus sereine et éclairée. Olivier Luminet, professeur en psychologie de l’UCLouvain, a partagé quelques conseils à la journaliste Valentine De Muylder dans le dossier « Le parent face à l’info » du périodique Le Ligueur.

Il recommande de « revenir à des rendez-vous de l’information ». Il s’agit de contrôler sa consommation d’information afin que celle-ci soit plus raisonnée : limiter le temps d’exposition afin de se déconnecter volontairement. En évitant le scroll infini et les notifications en continu, il sera plus facile de contrôler le stress et l’anxiété qu’ils provoquent. Il vous faut privilégier des moments précis pour consacrer du temps à vous informer.

Un autre levier essentiel est de « choisir activement ses sources ». Mieux vaut lire un article approfondi dans un média fiable que de consommer des dizaines de posts superficiels. Mais, il ne faut pas non plus s’enfermer dans une seule source d’information ou une seule ligne éditoriale. Il est important de développer son esprit critique en vérifiant l’origine des sources, en se méfiant du sensationnalisme et surtout prenant du recul. Olivier Luminet insiste aussi à ne pas rester dans l’inconnu de la navigation sur le web, par exemple privilégier la radio et ainsi éviter l’influence des images.

Enfin, il donne un ultime conseil : « Se demander quel média va m’aider à comprendre, à décrypter, et non pas seulement à savoir ». En misant sur un journalisme plus lent et analytique qui priorise l’explication à la rapidité, on peut diminuer l’anxiété liée à la désinformation.

Le mot de la fin

La fatigue informationnelle est le revers de notre ère ultra-connectée : bombardés d’actualités en continu, nous oscillons entre saturation, confusion et désengagement. Malheureusement, cette surabondance d’informations brouille notre compréhension du monde et nous expose à la désinformation. Pourtant, en adoptant une approche plus critique et mesurée, on peut reprendre le contrôle sur notre manière de nous informer. L’objectif n’est absolument pas de s’éloigner des médias, mais, au contraire, de mieux les appréhender et ainsi alléger notre charge mentale.

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1 commentaire

comments user
Fred

La fatigue informationnelle ?
Je n’avais jamais entendu ce terme. Mais c’est exactement ce que je ressens en ce moment
Merci pour l’article

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