Soudan : 18 800 morts et des millions de déplacés, la tragédie continue

Depuis son indépendance, le Soudan n’a connu que onze années de paix, pris dans un cycle de guerres civiles et de violences internes qui semblent se succéder sans fin. En avril 2023, ce pays ravagé par des décennies de conflits replonge dans un nouvel affrontement, exacerbé par les rivalités entre deux factions militaires qui s’arrachent le pouvoir. La population soudanaise, aspirant à la paix et à la démocratie, se retrouve une fois de plus à subir les conséquences de ces luttes de pouvoir sans issue.
Aujourd’hui, ce sont les rivalités pour le pouvoir entre les deux principales forces politiques et militaires du pays : les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR), qui déchirent le Soudan. Bien que la majorité des Soudanais aspire à la fin des violences et à l’instauration d’une démocratie, le peuple reste impuissant face aux luttes de pouvoir entre ces factions militaires.
Des chiffres accablants
Au moins 18 800 personnes ont été tuées depuis le 15 avril 2023, tandis que le conflit a forcé 3 millions de Soudanais à fuir le pays et 11,4 millions d’autres à se déplacer à l’intérieur de ses frontières. Par ailleurs, les infrastructures de santé sont gravement touchées : 80 % des hôpitaux ne fonctionnent plus, privant la population de soins essentiels.
La situation humanitaire est particulièrement alarmante pour les enfants. Dans un communiqué de presse publié le 27 juin dernier, l’UNICEF alertait que 9 millions d’enfants sont frappées par une insécurité alimentaire aiguë et n’ont pas accès à l’eau potable. Le communiqué indiquait également que près de 4 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë et 730 000 d’entre eux seraient en danger de mort imminente. Toujours selon l’ONG, 14 millions d’enfants soudanais ont besoin d’aide humanitaire.
Comprendre le conflit
En 2019, le Soudan fait face à une grande instabilité économique. La séparation du Soudan du Sud en 2011 a affaibli les revenus du pays, car cette ancienne région possédait 75 % de ses réserves pétrolières. Cette situation déclenche des manifestations dans la capitale, Khartoum, et dans d’autres villes, réclamant la destitution du dictateur Omar el-Bechir.
D’initiative populaire, c’est finalement l’armée, avec le soutien des forces de soutien rapide (FSR), qui fera tomber le régime totalitaire en place depuis 30 ans. La population a le sentiment que cette révolution leur a été volée.
Suite au coup d’État de 2019, un Conseil de souveraineté est instauré pour diriger la transition politique du Soudan. Ce conseil, composé de civils, de militaires et de chefs rebelles, est censé assurer le passage vers un régime démocratique avec des élections prévues dans un délai de 39 mois. À sa tête se trouve Abdel Fattah al-Burhan, le militaire ayant orchestré la destitution d’el-Bechir, tandis que Mohamed Hamdan Dogolo, alias Hemedti, chef des FSR depuis 2013, occupe le poste de vice-président.
Cependant, face aux défis économiques et politiques auxquels le gouvernement civil peine à répondre, les tensions montent. En 2021, al-Burhan et Hemedti se rapprochent à nouveau, cette fois pour évincer les civils du pouvoir. Ils prennent le contrôle total, mettant brutalement fin à la brève tentative de démocratisation et se positionnant comme les deux dirigeants incontournables du pays, chacun s’appuyant sur son propre cercle de partisans et son influence militaire.
Cette alliance de circonstances ne va pas tarder à se fissurer, leurs ambitions étant opposées. D’un côté, Al-Burhan, à la tête de l’armée soudanise ne supporte pas qu’une milice paramilitaire ait autant de pouvoir. De l’autre côté, Hemedti veut conserver l’indépendance et l’influence de sa milice sur le pays, particulièrement sur les ressources minières. Cette compétition pour le pouvoir va mener aux début des combats entre armée et FSR, à la quatrième guerre civile du Soudan.
Quel avenir ?
Le futur est incertain. La situation humanitaire se dégrade et les maladies se propagent. Malgré les alertes de l’ONU, des ONG comme Amnesty International critiquent le manque de réaction de la communauté internationale. Les actions ont été insuffisantes face à l’ampleur du conflit et de ses conséquences. Il n’y a pas assez de pression sur les parties en guerre pour qu’elles arrêtent les violences et protègent les civils. Les fonds pour l’aide humanitaire sont largement insuffisants. De plus, la prise de position partiale de certains pays limitrophes, qui soutiennent l’une ou l’autre des factions en conflit, intensifie encore la violence et complique la recherche d’une solution pacifique. En l’absence d’une intervention plus décisive, le Soudan risque de sombrer davantage dans le chaos, avec des millions de vies menacées.
Malgré une histoire récente sombre, marquée par des guerres dévastatrices, un génocide et une série de crises, des dirigeants avides de pouvoir, loin de tirer les leçons du passé, replongent les Soudanais dans un nouveau cycle de violences, laissant la population civile payer le prix d’ambitions militaires sans fin.



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