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Culture et Europe : une union artistique en construction ?

« Si c’était à refaire, je commencerais par la culture. »


C’est à Jean Monnet, l’un des pères fondateurs de l’Europe, que l’on attribue cette citation – bien que sa véracité soit souvent remise en question, au regard de son parcours et de ses intérêts. Il n’en demeure pas moins que la culture n’a pas été une priorité pour les États fondateurs de l’Union européenne. Ce n’est que progressivement qu’elle a gagné en importance au sein des institutions européennes. Aujourd’hui, elle s’impose comme un vecteur d’identité et de cohésion. À travers diverses initiatives, projets et législations, l’Europe tente de promouvoir l’art et la culture. Mais peut-on réellement parler d’une union artistique à l’échelle européenne ?

Une union artistique, mythe ou réalité ?

L’UE repose sur la diversité culturelle de ses États membres. Plutôt qu’une uniformisation, elle encourage une coopération culturelle basée sur le respect et la valorisation des identités nationales. Cependant, la mise en place d’un réel espace artistique commun reste complexe en raison des différentes langues, traditions et politiques culturelles propres à chaque pays.

C’est dans le Traité de Lisbonne que la culture prend toute son importance au sein de l’Union Européenne, notamment c’est à travers l’article 167 du traité de fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE). Il stipule que « L’Union contribue à l’épanouissement des cultures des États membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun ». L’UE œuvre ainsi à une meilleure coopération entre les États membres tout en améliorant leurs actions dans plusieurs domaines. Elle fait aussi en sorte que cette collaboration soit ouverte aux autres organisations internationales et aux pays tiers. Elle entretient, par exemple, des relations étroites avec le Conseil de l’Europe dans ce domaine.

Avec toutes ces coopérations, l’Union Européenne a mis en place plusieurs programmes, projets et actions afin de promouvoir la culture et de rassembler autour de celle-ci. En dépit de ces efforts, la création d’une véritable « union artistique » au sein de l’UE se heurte à des défis politiques, économiques et identitaires. La culture européenne existe-t-elle en tant que projet commun ou demeure-t-elle une mosaïque de traditions nationales ?

Les actions de l’UE pour promouvoir la culture et l’art

C’est très important pour l’UE et ses pays membres de promouvoir la culture et pour cela des actions sont mises en place. Parmi les initiatives emblématiques de l’Union figure la Capitale européenne de la culture, lancée en 1985. Chaque année, une ville est désignée pour accueillir un programme de manifestations culturelles. La Belgique a été honorée à quatre reprises : Anvers (1993), Bruxelles (2000), Bruges (2002) et Mons (2015). L’objectif de ce label est de « mettre en valeur la richesse culturelle européenne et les liens qui unissent les Européens ». Une occasion précieuse pour les villes sélectionnées de mettre en lumière leur patrimoine et de bénéficier d’une large visibilité médiatique. En 2025, à l’occasion des 40 ans de ce programme, les villes de Chemnitz (Allemagne) et Nova Gorica (Slovénie) ont été désignées.

L’Union dispose également de plusieurs instruments financiers pour soutenir la production artistique et les industries culturelles. Le programme phare est « Europe créative ». Il a été lancé par la Commission européenne et vise à soutenir des projets dans les secteurs de la culture et de l’audiovisuelle. Il investit principalement dans des actions qui renforcent la diversité culturelle. Doté d’un budget de 2,44 milliards d’euros pour la période 2021-2027, il se structure en trois volets : Culture, pour soutenir la coopération artistique et culturelle ; Média, pour renforcer la compétitivité de l’audiovisuel européen ; et Transsectoriel, pour développer des actions communes aux différents secteurs culturels. Les artistes ou organisations qui souhaitent participer doivent passer par un processus de candidature.

Les industries culturelles et créatives occupent une place centrale dans l’économie européenne. Pour soutenir ces secteurs dynamiques, l’Union européenne déploie un ensemble de mesures politiques et économiques. Parmi celles-ci figure le programme Culture Moves Europe, qui octroie des subventions pour favoriser la production artistique et la diffusion des œuvres. L’UE facilite également la mobilité des artistes et des professionnels de la culture à travers ses États membres, renforçant ainsi les échanges et les collaborations. Par ailleurs, elle a intensifié ses efforts pour protéger les droits d’auteur, garantissant une rémunération équitable des créateurs.

Est-ce suffisant ?

Malgré toutes ces initiatives, leur efficacité est souvent questionnée. De nombreux artistes et professionnels du secteur culturel estiment que les financements sont insuffisants et que les démarches administratives pour obtenir des subventions restent complexes. Par ailleurs, la visibilité des programmes de soutien est malheureusement parfois limitée, empêchant certains acteurs de pleinement en bénéficier.

De plus, des inégalités persistent au sein même des pays membres. L’accès aux financements européens pour la culture varie d’un pays à l’autre. Les États disposant déjà d’infrastructures culturelles solides et d’une administration efficace sont avantagés par rapport à ceux où le secteur est moins développé. Cette disparité crée une fracture culturelle au sein de l’Union, certains pays bénéficiant davantage des opportunités offertes par l’UE.

Une autre problématique majeure réside dans le manque de financement des projets culturels. Bien que le programme Europe Créative ait vu son budget augmenter pour la période 2021-2027, il reste largement inférieur à celui d’autres secteurs, comme l’agriculture ou la défense. Trop souvent reléguée au second plan face aux priorités économiques ou sécuritaires, la culture souffre d’un déficit chronique d’investissement et de visibilité. Cette situation freine considérablement l’ambition de l’Union européenne de faire de la culture un pilier central de son projet commun.

Malgré ces défis, l’Union européenne continue d’adapter sa politique culturelle pour mieux répondre aux attentes des artistes et des citoyens. Toutefois, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour faire de la culture un véritable moteur d’intégration européenne.

Quelles améliorations pour renforcer la politique culturelle de l’UE ?

Une des premières mesures qui renforcerait grandement les politiques culturelle européenne serait d’augmenter considérablement les budgets alloués au secteur. La culture reste malheureusement le secteur avec le moins d’aide financière. Une politique culturelle ambitieuse nécessite des investissements durables, à la hauteur des enjeux. Par exemple, un renforcement du soutien aux petites structures culturelles locales pourrait stimuler la création dans des zones moins desservies, tout en réduisant les inégalités territoriales.

Il est aussi essentiel de faciliter l’accès aux financements et de simplifier les démarches administratives pour les obtenir. C’est de plus en plus difficile pour de nombreux artistes, surtout les indépendants ou les petites structures, de s’y retrouver dans les procédures complexes des appels à projets européens. Pour remédier à cette situation, l’Union européenne pourrait développer des plateformes accessibles, multilingues, accompagnées de tutoriels clairs, et mettre en place des relais locaux dans chaque pays ou région. En Italie, certaines régions ont mis en place des bureaux d’informations Europe Creative pour aider les artistes et acteurs culturels à déposer leurs dossiers.

Plutôt que des initiatives ponctuelles, l’UE gagnerait à mettre en place des programmes d’échanges culturels à long terme. Cela inclurait la création de résidences d’artistes européennes permanentes, la mise en réseau des écoles d’art ou des conservatoires, ou encore le développement d’un marché unique du spectacle vivant. Ces efforts favoriseraient la circulation des œuvres et des artistes, tout en construisant un véritable imaginaire commun européen.

En effet, au-delà du soutien culturel, il est important de travailler sur une narration européenne commune. Dans un contexte où l’euroscepticisme progresse, la culture devrait être un outil important de sensibilisation et d’unité. En valorisant des projets audiovisuels, littéraires ou théâtraux qui incarnent les valeurs fondamentales de l’Union européenne (démocratie, droits humains, diversité), l’Europe peut renforcer son projet politique à travers l’imaginaire collectif. Des séries comme « Parlement » (coproduction franco-belge-allemande) montrent comment la fiction peut aider à mieux comprendre les institutions européennes.

Le mot de la fin

La culture ne constitue pas un simple volet de la politique européenne : elle en est un pilier essentiel. À travers ses programmes, ses financements et ses initiatives, l’Union européenne affirme sa volonté de valoriser la diversité culturelle tout en dessinant les contours d’une identité artistique partagée. Bien qu’elle ait déjà posé des bases solides, de nombreux défis demeurent pour améliorer l’accès, renforcer la visibilité et accroître l’impact de ses actions. En investissant davantage dans la culture comme vecteur de cohésion, de résilience et de dialogue, l’Europe pourrait non seulement affirmer son identité, mais aussi rapprocher ses citoyens autour d’une culture européenne commune.

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