Montée du nationalisme : Quel avenir pour l’Union européenne ?
L’année 2024 s’achève et redessine de nouveaux horizons politiques à l’échelle mondiale. L’Union européenne ne fait pas exception. Qu’il s’agisse de scrutins présidentiels, législatifs, régionaux ou communaux, les enjeux sont de taille. En juin dernier, c’est l’ensemble des citoyens de l’Union qui ont été appelés aux urnes. Les résultats au Parlement européen, ainsi qu’aux autres élections confirment une nette avancée du nationalisme. Celui-ci progresse depuis une dizaine d’années et s’est imposé dans le paysage politique européen.
Le nationalisme : Qu’est-ce que c’est ?
Pour comprendre les raisons de cette montée, il faut tout d’abord comprendre ce que signifie cette notion. Le nationalisme est un terme aux nombreuses acceptions qui exige de la nuance dans sa définition. Il s’agit d’une doctrine politique prônant la souveraineté de l’État-Nation. Cette idéologie est basée sur une volonté de sauvegarde des intérêts nationaux ainsi que l’exaltation des valeurs nationales. Dans sa conception récente, se distingue le nationalisme concernant le processus de libération d’un pays sous domination étrangère du nationalisme à tendance conservatrice en place dans les pays libres. C’est ce dernier qui sera développé aujourd’hui. Si le nationalisme comporte certains avantages au niveau de l’économie nationale et des structures publiques, il peut toutefois présenter divers dangers. Plus particulièrement, lorsqu’il est couplé à des courants populistes ou à des idéologies racistes. Le nationalisme peut tendre vers un repli sur soi, une séparation du reste du monde et dans certains cas, une xénophobie affichée. Cela se traduit par des politiques migratoires très strictes et une réticence vis-à-vis du multiculturalisme. La montée du nationalisme est, de façon assez évidente, un défi pour les organisations internationales telle que l’Union européenne.
Nationalisme et Extrême droite : Une évidence ?
Un gouvernement nationaliste est généralement conservateur et tend à pencher à droite, voir à l’extrême droite. L’association des deux ne doit pas se faire de façon automatique. Rappelons que le mot nationalisme a représenté des mouvements bien différents au cours de l’histoire. Les partis d’extrême droite portent en eux des valeurs nationalistes, mais ce n’est pas pour autant qu’un parti dit nationaliste est fatalement d’extrême droite. Cependant, un lien est présent et ne saurait être nié. L’extrême droite jouant sur la peur de l’Autre rejoint cette idée de repli sur soi. La fermeture des frontières, le rejet de l’immigration et la volonté de protéger et de prioriser la culture locale sont des mesures communes. Cela se confirme en observant les partis d’extrême droite européens au pouvoir ou aux portes de celui-ci. Viktor Orbán en est un exemple probant. Le Premier ministre hongrois, à la tête d’une démocratie qualifiée d’illibérale, n’a jamais caché ses valeurs nationalistes. Il s’est opposé, à de nombreuses reprises, aux politiques pro-migratoires ainsi qu’aux politiques en faveur de la construction européenne.
Les raisons du succès
Si autant de partis nationalistes sont arrivés au pouvoir dans le Monde et en Europe, ce n’est pas sans raison. Une suite de crises, notamment économiques et migratoires ont ébranlé la confiance des électeurs en leurs représentants. Le sentiment de peur et la perte des repères sont un terreau fertile pour les politiques nationalistes. Un pays comme l’Italie, porte d’accès à l’Europe pour les migrants, a élu Giorgia Meloni, connue pour ses positions ultra conservatrices et son opposition à l’immigration. La problématique du sentiment d’insécurité attise le nationalisme. La crise migratoire est souvent instrumentalisée et sert de bouc émissaire. Notre époque marque également un vote pour l’extrême droite décomplexé. En 2002, c’est le choc lorsque Jean-Marie Le Pen accède au second tour, la France est sidérée. En 2024, le Rassemblement national est le parti qui, sans coalition, a récolté le plus de voix aux élections européennes ainsi qu’aux législatives nationales.
On assiste à un changement de paradigme, un glissement sémantique de la notion d’extrême. Les électeurs semblent avoir deux préoccupations, une volonté de changement et la préservation de leurs intérêts, de leur pouvoir d’achat. À tout cela, s’ajoute une tendance mondiale à la polarisation qui favorise la montée des extrêmes et une primauté des émotions face à la raison dans les urnes. Le nationalisme se développe aussi dans des contextes propres à chaque pays. Celui mis en avant par la N-VA en Belgique néerlandophone n’est pas le même que celui porté par le FPÖ en Autriche.
L’Union européenne : composer avec l’euroscepticisme
Les résultats aux élections européennes montrent une nette progression de l’extrême droite, notamment au détriment des partis écologistes. Si la gauche et la droite traditionnelles du S&D et du PPE se maintiennent, l’extrême droite ne fait que progresser. Au parlement, se trouvent 78 eurodéputés pour le CRE (Conservateurs et réformistes européens, droite eurosceptique), 84 sièges pour le PfE (Patriotes pour l’Europe, extrême droite) et 25 pour l’ENS (Europe des nations souveraines, extrême droite). Ce sont des résultats conséquents pour les 720 places disponibles. Hors de l’hémicycle européen, le même constat peut se faire au niveau national. Les partis d’extrême droite aux valeurs nationalistes sont au gouvernement aux Pays-Bas, en Hongrie, en Italie, en République Tchèque, en Suède et en Croatie. Ils ont également de plus en plus de succès en Belgique (particulièrement en Flandres), en France, en Allemagne, au Portugal, …
Ce virement impose à l’UE de composer avec, en son propre sein, un nombre croissant d’eurosceptiques. De la même manière que la démocratie peut entraîner sa propre perte en permettant l’élection de partis anti-démocratiques, l’UE se doit d’accepter chaque groupe politique, en ce compris ceux eurosceptiques. L’Union européenne se trouve à un moment pivot. Reste à déterminer quelle sera la direction empruntée. Vers un renforcement ou un délitement ? Pour se réinventer, il faudrait refaire de la construction européenne une priorité, revenir aux valeurs à la base de sa création. Renforcer le sentiment d’appartenance à un peuple Européen. L’Union européenne fait face à de nombreux défis internes et externes, sera-t-elle à la hauteur ?



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