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La FINUL en première ligne : défis et enjeux d’une mission de paix sous pression

Depuis sa création en 1978, la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) a pour mission de surveiller le cessez-le-feu entre Israël et le Liban et de maintenir la paix dans la région. Cependant, le contexte géopolitique du Moyen-Orient a évolué, et la situation entre Israël, le Hezbollah et les forces de la FINUL est devenue de plus en plus complexe. En 2024, l’escalade des tensions dans la région du Sud-Liban et le long de la Ligne bleue place la FINUL dans une position délicate, entre respect de son mandat et défis liés à sa sécurité. Cet article offre une analyse détaillée des enjeux actuels, des facteurs de tension et des perspectives pour l’avenir.

La FINUL a été déployée à l’origine en 1978 après l’invasion israélienne du Sud-Liban. Son mandat a été renforcé par la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies après la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah. Cette résolution vise à instaurer un cessez-le-feu durable, interdire toute force armée au sud du fleuve Litani (à part l’armée libanaise), zone contestée par les deux partis et garantir la souveraineté du Liban.

Cependant, la cohabitation entre les forces internationales, les milices du Hezbollah et l’armée israélienne a souvent été fragile. Le Hezbolla accuse la FINUL de tolérer les incursions d’Israël sur le territoire libanais, tandis que ce dernier reproche à la FINUL de ne pas empêcher les activités du Hezbollah. En effet, le Hezbollah n’a pas respecté son engagement, gardant des armes dans la zone frontalière malgré l’interdiction, zone qui devrait théoriquement être contrôlée par l’armée libanaise. De son côté, Israël a commis plus de 22 000 violations de l’espace aérien libanais entre 2007 et 2023, alors même que la résolution de l’ONU prévoyait de ne pas violer la souveraineté de l’État voisin.

Depuis octobre 2023 il est fréquent de voir des échanges de tirs et de roquette entre l’état d’Israël et la milice chiite libanaise. Plus de 60 000 israéliens habitant la zone frontalière auraient d’ailleurs dû fuir leurs logements à cause des frappes à répétition.  Mais ce n’est que depuis le 17 septembre 2024 suite au discours de Benyamin Netanyahou affirmant sa volonté de permettre aux israéliens ayant fui leurs foyers de retourner chez eux en toute sécurité, qu’Israël a intensifié son implication au Liban, notamment avec l’explosion des bippers et talkies-walkies du Hezbollah qui lui est largement attribuée. Mais aussi avec les différents raids aériens dans les quartiers de Beyrouth ayant tué Hassan Nasrallah, guide religieux du Hezbollah, ainsi que de nombreux membres de la milice armée.

Les Casques bleus de la FINUL, présents au sud du Liban, ont refusé de quitter la région malgré la demande de l’armée israélienne et les récents incidents ayant causé cinq blessés. Leur porte-parole, Andrea Tenenti, a confirmé la décision de maintenir les positions afin de promouvoir la désescalade et de signaler les événements au Conseil de sécurité. Depuis trois semaines, la FINUL, composée de 10 000 soldats, se retrouve prise entre les affrontements israélo-hezbolliens. Malgré des attaques répétées, y compris sur son quartier général à Ras al-Naqoura, la force de l’ONU insiste sur l’importance de sa présence.

Les demandes israéliennes incluaient l’évacuation de 29 positions le long de la Ligne bleue, mais n’ont pas mentionné le siège de celle-ci. La FINUL a publiquement accusé Israël de tirs intentionnels, suscitant une controverse diplomatique. En parallèle, Rome et Paris ont convoqué les ambassadeurs israéliens, tandis que l’Italie a évoqué de possibles crimes de guerre. Il est important de mentionner qu’aucun État n’a le droit d’ordonner des mouvements à la FINUL. En effet, seul le conseil de sécurité de l’ONU peut décider une telle chose et celui-ci a prolongé la mission des casques bleus jusqu’en août 2025 au moins.

Surveiller le cessez-le-feu entre les parties devient une tâche compliquée à cause des bombardements ininterrompus. Plusieurs autres événements ont d’ailleurs été rapportés par les casques bleus ;

« Tôt ce matin, les soldats de la paix présents sur une position de l’ONU à Ramiyé (caza de Bint Jbeil) ont observé trois pelotons de soldats israéliens franchissant la Ligne bleue pour entrer au Liban. A 4h30, alors que les soldats de la paix se trouvaient dans les abris, deux chars Merkava ont détruit la porte principale de la position et y sont entrés de force. Ils ont demandé à plusieurs reprises que la base éteigne les lumières », détaille le communiqué de la FINUL.

« A 6h40, les Casques bleus présents dans le secteur ont signalé le tir de plusieurs obus à 100 mètres plus au nord, générant une épaisse fumée. Quinze soldats de la Finul ont souffert d’irritations cutanées et de réactions gastro-intestinales après que la fumée a pénétré dans le camp », rapporte encore le texte.

La FINUL accuse aussi les soldats israéliens d’avoir bloqué samedi le passage à un convoi « logistique critique » des Casques bleus à Mays el-Jabal

« Pour la quatrième fois en autant de jours, nous rappelons à l’armée israélienne et à toutes les parties leur obligation d’assurer la sécurité du personnel et des biens de l’ONU, et de respecter l’inviolabilité des locaux des Nations Unies à tout moment. L’intrusion dans une position de la FINUL constitue une violation flagrante du droit international et de la résolution 1701. Toute attaque délibérée contre des soldats de la paix aussi. Le mandat de la FINUL prévoit une liberté totale de mouvement dans sa zone d’opérations, et toute restriction à cet égard constitue une violation de la résolution 1701 qui a mis fin à la guerre de 2006 entre le Hezbollah et Israël », conclut le communiqué.

Tous ces actes représentent des violations claires du droit international et remettent en question la présence de la FINUL au sud-Liban. Est-il encore possible de maintenir les positions onusiennes en toute sécurité ?


Tenenti a souligné la difficulté de poursuivre les activités de surveillance, avec des infrastructures endommagées et la nécessité pour les Casques bleus de se réfugier dans des bunkers.

La situation humanitaire se dégrade également, avec plus d’un million de déplacés et 1 200 morts depuis fin septembre, selon les autorités libanaises. La FINUL s’efforce de coordonner l’aide humanitaire, mais les efforts sont limités en raison de l’intensité des combats.

Le porte-parole de la FINUL a appelé à une solution diplomatique pour éviter une escalade régionale, insistant sur le fait qu’il n’existe pas de solution militaire à ce conflit. La force onusienne cherche aussi à travailler avec l’armée libanaise pour stabiliser la région tout en poursuivant les discussions avec les deux camps pour réduire les hostilités et rappeler les obligations du droit international.

La pression pour le départ de la FINUL vise avant tout à laisser le champ libre aux opérations terrestres israéliennes sans limitation, sans obstacle, et sans témoin gênant. Depuis octobre 2024, l’armée israélienne a interdit à tout véhicule de circuler sous le fleuve Litani. Interdisant donc aux journalistes de se rendre sur place, les seules témoins encore présents sont les forces onusiennes. Cinq journalistes libanais auraient perdu la vie depuis cette date, principalement à cause des frappes aériennes.

Il y a un an, le 13 octobre 2023, Issam Abdallah, journaliste de Reuters perdait d’ailleurs la vie lors d’une frappe Israélienne. Six de ses collègues furent aussi blessé, l’une d’entre eux, Christina Assi, a dû subir une amputation de la jambe droite. Ils étaient sur place pour couvrir le début des affrontements entre Hezbollah et Tsahal.

Des enquêtes indépendantes menées par l’AFP, Human Rights Watch et Amnesty International ont déterminé qu’un obus de char de 120 mm, fabriqué en Israël, avait été utilisé dans l’attaque. En mars, une analyse commandée par Reuters au laboratoire de l’Organisation néerlandaise de recherche scientifique appliquée a révélé que le char israélien, dont les tirs d’obus ont tué Issam Abdallah, aurait probablement tiré une deuxième fois sur le groupe en utilisant une mitrailleuse lourde.

En conclusion, la situation actuelle au Sud-Liban place la FINUL dans une position particulièrement complexe et délicate. Face à l’escalade des tensions entre Israël et le Hezbollah, la mission onusienne doit faire face à des violations répétées du droit international et à des attaques visant directement son personnel. La pression exercée pour un retrait de la FINUL de la zone pourrait faciliter les opérations militaires israéliennes, retirerait le dernier témoin présent sur place mais risquerait également d’aggraver l’instabilité dans la région en supprimant un acteur clé pour la désescalade.

L’avenir de la FINUL dépendra largement de la capacité des Nations unies à réaffirmer son mandat et à garantir la sécurité de ses Casques bleus. Les enjeux sont considérables : d’un côté, la nécessité de maintenir une présence internationale pour surveiller la situation et protéger les civils, de l’autre, les contraintes sécuritaires de plus en plus pressantes. Il faudra également renforcer les discussions diplomatiques pour obtenir un respect strict du cessez-le-feu et des obligations de la résolution 1701, qui prévoit notamment la souveraineté du Liban et l’interdiction de toute force armée au Sud du fleuve Litani.

Le rôle de la FINUL est donc crucial non seulement pour le maintien de la paix entre Israël et le Liban, mais aussi pour éviter que le conflit ne s’étende au niveau régional. Pour préserver la stabilité, il est impératif que la communauté internationale continue de soutenir la mission onusienne et d’œuvrer à une solution politique durable, tout en tenant compte des évolutions du contexte sécuritaire.

Auteur/autrice

  • Adrien Goffin

    Étudiant en troisième année de journalisme, je décrypte l’actualité avec un regard affûté et engagé. Spécialisé en géopolitique, j’analyse les dynamiques internationales pour en révéler les enjeux cachés. Que ce soit sur le terrain ou à travers mes écrits, je cherche à informer avec rigueur et clarté.

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Étudiant en troisième année de journalisme, je décrypte l’actualité avec un regard affûté et engagé. Spécialisé en géopolitique, j’analyse les dynamiques internationales pour en révéler les enjeux cachés. Que ce soit sur le terrain ou à travers mes écrits, je cherche à informer avec rigueur et clarté.

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