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Inondations en Espagne : un secouriste témoigne et dénonce un bilan largement sous-estimé

Image : Wikimedia Commons

Les inondations dévastatrices qui ont frappé l’est de l’Espagne, en particulier la région de Valence, ont causé des destructions massives et laissé des milliers de personnes dans un état de choc profond. Officiellement, les autorités espagnoles dénombrent 220 morts, un chiffre que beaucoup jugent sous-estimé. « Nous, on en dénombre plus de mille », a déclaré un secouriste anonyme de Valence, âgé de 31 ans et travaillant pour le Samu, à l’agence Belga. Il a ajouté que le gouvernement espagnol imposait des restrictions strictes, menaçant les secouristes de licenciement s’ils parlaient aux médias sans autorisation préalable.

Les scènes sur le terrain sont déchirantes et presque irréelles, semblables à celles d’un champ de bataille, selon des militaires déployés pour aider les secouristes. « Les zones appelaient tous leurs renforts. En 12 ans de métier, je n’ai jamais rien vécu de semblable », a confié cet ambulancier, encore marqué par l’ampleur du désastre. Certaines zones restent difficiles d’accès, avec des habitants coupés du monde, parfois obligés de rester aux côtés de proches décédés depuis plusieurs jours. « Quand les survivants nous voient arriver, c’est comme s’ils revivaient tout à coup », a-t-il ajouté, racontant aussi qu’il a perdu un ami proche et une collègue qui venait de prendre sa retraite il y a tout juste un an.

Les précipitations intenses qui ont provoqué ces inondations sont le résultat d’une dépression isolée en haute altitude, connue sous le nom de « dana », qui a déclenché des pluies torrentielles persistantes. Dans certaines localités de la région, jusqu’à 491 litres d’eau par mètre carré sont tombés en une nuit, l’équivalent des précipitations d’une année entière. Le bilan des autorités inclut également 40 corps non identifiés et 78 disparus, un chiffre qui continue de croître à mesure que les équipes de secours parviennent à atteindre les zones les plus isolées.

La réaction des autorités régionales et fédérales est critiquée par les habitants et les secouristes, bien que l’ambulancier se garde de blâmer ouvertement les responsables politiques. « Il faut rendre leur dignité aux défunts », a-t-il insisté. « On parle de cadavres, mais ce sont des personnes. Des bébés, des enfants, des personnes âgées… chacun avait quelque chose de prévu le lendemain. »

Épuisé après deux gardes consécutives, le secouriste a pris 12 heures de repos samedi pour pouvoir se nourrir, nettoyer son uniforme, et tenter de retrouver un peu de calme. Pourtant, « c’est une sensation complexe », confie-t-il. « Je me sens mal. Je ne peux pas dire que je me sens bien… ». Il a même avoué dormir la lumière allumée, incapable de faire autrement face à ce traumatisme. Des psychologues bénévoles se sont proposés pour soutenir les secouristes, mais il estime que le moment n’est pas encore venu de se concentrer sur le côté psychologique. « La partie psychologique viendra après. Pour le moment, on n’a pas le temps de s’arrêter là-dessus. »

Le ministère de la Santé en Espagne a d’ailleurs commandé une étude pour estimer les besoins en matière de santé mentale, en prévoyant que les séquelles psychologiques – stress post-traumatique, troubles du sommeil et dépression – pourraient perdurer pendant au moins trois ans.

Auteur/autrice

  • Adrien Goffin

    Étudiant en troisième année de journalisme, je décrypte l’actualité avec un regard affûté et engagé. Spécialisé en géopolitique, j’analyse les dynamiques internationales pour en révéler les enjeux cachés. Que ce soit sur le terrain ou à travers mes écrits, je cherche à informer avec rigueur et clarté.

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Étudiant en troisième année de journalisme, je décrypte l’actualité avec un regard affûté et engagé. Spécialisé en géopolitique, j’analyse les dynamiques internationales pour en révéler les enjeux cachés. Que ce soit sur le terrain ou à travers mes écrits, je cherche à informer avec rigueur et clarté.

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