Art et Numérique : un cocktail osé qui a révolutionné le monde de l’art
L’art et ses techniques n’ont jamais cessé d’évoluer. Quand le numérique est arrivé, les artistes ont été directement attirés par cette nouvelle manière de créer et de transmettre. Ceux-ci, toujours plus inspirés, ont développé plein de nouvelles techniques révolutionnaires qui ont d’abord choqué et été négligées. Aujourd’hui, il existe énormément de manière de jouer avec le numérique, et les artistes ne s’en privent pas. De l’intelligence artificielle jusqu’à la peinture numérique en passant par les fameux NFT, l’art digital n’a fait qu’évoluer et se déployer. En parallèle, les réseaux sociaux et les musées participent aussi à cette évolution et cette émergence du digital en offrant des espaces de diffusion et d’interaction inédits pour les artistes.
Les débuts (compliqués) de l’art numérique
Aujourd’hui, nous sommes plongés dans le numérique au quotidien. Aller voir une exposition sur un artiste se servant de la technologie, ce n’est pas surprenant. Mais imaginez-vous en 1950, quand un artiste/mathématicien arrive avec des œuvres d’art générées par un ordinateur. Cet homme, c’est Benjamin Francis Laposky et il est considéré comme le père de l’art numérique. Lui et les autres artistes utilisant le digital pour leur art ont eu beaucoup de mal à le faire reconnaitre comme un courant. Les artistes puristes ne les voyaient que comme une simple et nouvelle technique et non comme une véritable manifestation artistique. Les œuvres de Laposky dans sa série « Oscilliations » ont eu beaucoup de mal à se faire exposer. Les galeries d’exposition jugeaient ce mélange d’art, de science et de mathématique trop éloigné des conventions artistiques de l’époque. Ce n’est que 18 ans plus tard que ces artistes ont pu être exposés à l’Institut des arts contemporains de Londres pour une exposition intitulé « Cybernetic Serendipity ». Il s’agit de la toute première exposition centrée sur les techniques d’art digital et le cybernétique. Un artiste qui s’est démarqué des autres pendant l’événement est le pionnier de l’art vidéo Nam June Paik. La vidéo étant aussi un art numérique, Paik l’utilisait en modifiant les images ou le son puis exposait ses films dans des galeries d’art, des expositions et plus tard des musées. Lui et d’autres artistes utilisaient la vidéo comme outil politique pour aller à l’encontre de l’information télévisée.
L’art digital et ses multiples facettes
La vidéo et les œuvres de Laposky étaient les premières apparitions du numérique dans l’art mais de nos jours ça a bien changé. En même temps que toutes les nouvelles technologies qui sont apparues, on a pu voir l’émergence de nouvelles techniques dans l’art digital. De l’art génératif à la peinture digitale tout en passant par les NFT, les techniques et les différents arts numériques se sont multipliés.
Une des inventions les plus surprenantes de ces dernières années est le développement de l’intelligence artificielle et son implication dans l’art génératif. Le principe est simple : il vous suffit de taper votre texte avec ce que vous voulez comme tableau et en quelques secondes, il est généré. L’intelligence artificielle Midjourney est une référence dans ce domaine. Avec quelques mots-clés, cette IA développe des images qui ont pour principe d’être… belles. En effet, cet outil a la particularité de produire des images plutôt axées sur le style que sur le réalisme. Pour cela, les développeurs responsables de Midjourney lui ont fournis des centaines de milliers d’images et d’œuvres d’artistes afin que l’IA s’en inspire.
À nouveau, nous rentrons dans le débat des IA qui desservent l’humain. Beaucoup d’artistes craignent de voir leur travail dévalué par des robots qui produisent des œuvres en quelques secondes. De plus une réelle inquiétude plane par rapport au droit d’auteur de ces fameuses images. Il existe de gros problème quant à l’imagerie, l’appartenance de ces images, leurs métadonnées et les individus apparaissant dessus. Ces peurs et ces inquiétudes sont compréhensibles, surtout qu’une œuvre créée par Midjourney a été récompensé lors d’un concours d’art dans la catégorie art numérique. Il s’agit de l’œuvre de Jason Allen, Théâtre D’opéra Spatial. Les critiques se sont multipliées après le concours concernant l’artiste. Celui-ci s’est défendu en expliquant le nombre d’heures de travail et le nombre d’image sélectionnées et superposées pour arriver à ce résultat. Le directeur du concours à lui aussi confirmé que l’artiste n’a enfreint aucune règle et que pour être dans la catégorie numérique il fallait obligatoirement utiliser du numérique. Cette victoire, qui a partagé la communauté artistique, peut soulever des questions sur l’avenir de l’art numérique et son lien avec les intelligences artificielles.

Tout au contraire de notre premier exemple ci-dessus, les techniques de la peinture digitale se rapproche des techniques de la peinture classique sur toile. La seule différence étant qu’elles sont réalisées à l’aide d’un ordinateur. Les artistes ne se basent pas sur une série d’algorithme comme l’art génératif mais sur un modèle. Les œuvres sont exhibées à travers divers moyens digitaux comme sur le web ou alors elles peuvent être imprimées sur du papier ou sur une toile. Grâce à l’impression numérique, les artistes jouissent d’une totale liberté. Ils peuvent imprimer leurs œuvres dans le format ou le support qu’ils veulent. Ils ont aussi accès à une palette de couleurs beaucoup plus variées qu’en peinture classique. Mais cette nouvelle manière de peindre, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est pas si facile. Il faut savoir maitriser les différents logiciel et les différentes techniques qui diffèrent des autres arts numériques. La peinture digitale est donc un art qui attire de plus en plus les artistes et notamment le célèbre peintre David Hockney. Celui-ci, toujours à l’affut de nouvelles techniques artistiques et des découvertes technologiques, a découvert l’art numérique lors du confinement en 2020. Bloqué dans sa maison en Normandie, il en a profité pour peindre sur son IPad ce qui l’entourait et les changements de saison. Il a rassemblé toutes ses œuvres peintes en 2020 dans la collection Ma Normandie. Cette période, qui fut un réel bonheur pour l’artiste, ne fut pas sa première expérience avec l’art numérique et avec un IPad. Hockney s’y est mis au tout début de l’IPad en 2010. Il a tout de suite compris son côté pratique et utile pour peindre, enlevant les techniques et contraintes matérielles qui peuvent gâcher le tableau en cours dans la peinture classique.

Une autre invention a quant à elle révolutionné le marché de l’art : les fameux NFT. On en entend souvent parler dans la presse mais sans explication précise de sa signification. Littéralement, NFT est l’abréviation de Non Fungible Token (« jeton non fongible » en français). En gros, il s’agit de jeton unique, impossible à dupliquer et à modifier et qui ne peut être échangé avec un objet d’une même valeur. Afin de préserver ce côté unique, les NFT utilisent le principe du blockchain qui rend impossible la copie d’une œuvre NFT en rajoutant un marqueur d’authenticité qui est impossible à falsifier. Il est possible de copier/coller l’œuvre mais celle-ci ne possèdera pas le titre de propriété. C’est principalement grâce à ce principe d’appartenance et son unicité que sa valeur marchande a énormément augmenté à tel point qu’aujourd’hui, certaines œuvres sont estimées à plusieurs millions de dollars. Cette invention a été un réel soulagement pour les artistes numériques, ceux-ci fournissant des œuvres possédant de la valeur et pouvant générer des bénéfices. Les NFT ont notamment fait la joie de l’artiste Beeple (Mike Winkelman de son vrai nom). Alors qu’il n’arrivait pas à vendre ses œuvres imprimées, il a vendu son œuvre numérique Everyday – The first 5000 days à une somme d’environ 70 million de dollar. Il détient actuellement le record de la plus grosse transaction dans le monde des NFT.

L’impact des réseaux sociaux dans le monde de l’art
Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont omniprésents au quotidien. Ceux-ci ont donc forcément eu un impact sur le monde l’art. Ils ont complétement changé notre perception et notre accessibilité à l’art. Ce changement se remarque surtout dans notre manière de consommer, d’apprécier et d’expérimenter l’art. Les réseaux sociaux peuvent être aussi d’une grande aide pour les artistes. La puissance de l’algorithme et l’influence qu’ils amènent peut faire connaitre n’importe quel artiste au monde entier en l’espace de quelques jours. Contrairement à avant où il fallait attendre d’être exposé en galerie d’art pour gagner en popularité, les artistes aujourd’hui peuvent poster leur art sur Instagram ou Tik-Tok et gagner en visibilité instantanément. Ces derniers ne manquent d’ailleurs pas d’imagination. Des influenceurs-artistes ont créé notamment un moyen d’être encore plus proche de leur public : l’art participatif. Le principe est simple : l’artiste laisse complétement le contrôle à son public qui peut choisir ce qu’il va dessiner, où il le dessine, avec quoi… Ce type d’art qui met vraiment le public au centre de la création d’une œuvre s’est principalement développé grâce à la plateforme Tik-Tok. Cette collaboration se fait aussi beaucoup entre artistes qui peuvent plus facilement communiquer à distance. Les réseaux sociaux sont vraiment devenus un endroit de partage pour les artistes qui peuvent se donner des retours entre eux et entretenir une collaboration continue. Ils permettent aussi un accès plus direct à l’art. La complexité d’une analyse d’une œuvre, les nombreuses techniques existantes dans l’art, tous ces domaines compliqués qui sont parfois expliqués plus simplement par des artistes ou des influenceurs.
Malgré ces points positifs il y a quand même un problème avec cette émergence sur les réseaux. Il s’agit de la saturation, du surplus d’art présent sur internet. Cet engouement autour de l’art a été tel qu’on ne sait plus dans quelle direction regarder. Cela peut aussi être difficile pour les artistes de se démarquer ou d’être remarqués, l’algorithme en mettant certain plus en avant que d’autres. C’est pour cela que les artistes cherchent sans arrêt à se réinventer afin de satisfaire au mieux leur public. Une manière de se démarquer et qui a beaucoup plu récemment, ce sont les artistes qui se filment en train de peindre. Avant, c’était très rare de voir un artiste en pleine conception de son œuvre. Aujourd’hui, les créateurs de contenu montrent l’entière conception de leurs œuvres avec un petit montage vidéo et de la musique. Ces influenceurs-artistes bénéficient d’un public jeune, très actif sur les réseaux sociaux et moins en galerie. Ce sont eux maintenant qui décide de la popularité d’un artiste !
Les musées à la pointe du numérique
Les musées se sont très vite adaptés à la technologie et au numérique. Ceux-ci, au fil du temps, ont développé par exemple des modélisations 3D et de la réalité virtuelle ou augmentée afin d’améliorer au maximum l’expérience des visiteurs. Ces nouvelles technologies présentes dans les musées permettent de téléporter les visiteurs dans l’univers d’un artiste. Ces temples de la culture et de la connaissance ont aussi développé des applications qui peuvent réduire le temps de lecture ou créer des petites animations 3D. Certains musées sont même allés plus loin en développant des visites virtuelles à travers leurs différentes salles. Cette initiative, lancée principalement durant la période de confinement en 2020, a tenté de nombreux musées désireux de combler le manque de visiteurs. Le Vatican, Versailles, le Louvre et même le British Museum ont rendu cet accès à la culture possible pendant cette période de fermeture. Cela a été un réel succès à tel point que le Louvre a par exemple attiré plus de 10 millions de visiteur en 2 mois au début du confinement. Le musée n’en était pas à son coup d’essai. Durant l’année 2019, il avait comptabilisé pas moins de 14,1 millions de visiteur en ligne. Il avait d’ailleurs aussi utilisé les réseaux sociaux et pas mal de hashtags comme #LouvreChezVous, #CultureChezNous ou même #MuseumFromHome, afin d’attirer des visiteurs. Toujours dans cette optique de plonger un maximum les visiteurs dans l’art et les œuvres exposées, des expositions immersives sur de grands artiste comme Monnet, Van Gogh ou Magritte ont vu le jour dans les grandes villes. Celles-ci projettent dans des immenses salles des animations inspirées des œuvres de l’artistes. Ce moment d’admiration nous permet de nous plonger au fin fond des inspirations et de l’univers artistiques du maitre exposé.

L’art numérique, aussi vaste que passionnant, est aujourd’hui un courant essentiel. Avec le digital et les nouvelles technologies qui ne font qu’évoluer et se transformer, ce ne serait pas étonnant de voir de nouvelles techniques ou de nouveaux moyens pour créer des œuvres numériques apparaitre ces prochaines années. Les musées et les réseaux sociaux risquent de s’implanter encore plus dans le digital ce qui rend cette expansion future encore plus grande. Une affaire à suivre de près donc !


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