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Assises Européennes du Journalisme : le rôle essentiel des reporters de guerre 

Du 20 au 22 novembre a eu lieu la deuxième édition des assises européennes du journalisme de Bruxelles. Celle-ci était organisée par l’association Journalisme & Citoyenneté et l’école de journalisme IHECS. Au programme, une vingtaine de conférences et deux soirées à l’Espace Magh. Ces assises ont réuni différents acteurs : journalistes, dirigeants, étudiants et enseignants. 

Cette édition avait pour thème « L’intelligence artificielle, les médias, l’Europe et moi ». Outre ce thème, les Assises se sont également penchées sur la presse en temps de conflits. Elles ont rappelé l’importance de la « guerre informationnelle » via une conférence sur la couverture des conflits au Proche-Orient et une soirée dédiée à l’Ukraine.

Palestine, dangers et survie

Le jeudi matin a eu lieu la conférence « Couverture des conflits au Proche-Orient : dialogue entre les journalistes des deux rives de la Méditerranée ». Animée par Rana Al Akbany, la conférence a réuni Rawan Aldaman la directrice du réseau ARIJ, Nasser Abou baker le secrétaire général du syndicat des journalistes de Palestine et vice-président de la FIJ ainsi que Ricardo Mir de Francia grand reporter et ancien correspondant au Moyen-Orient. Chaque intervenant a pu rendre compte de l’horreur de la guerre et des terribles difficultés auxquelles les journalistes font face. 

Rawan Aldaman a présenté un rapport réalisé par l’ARIJ (Arab Reporters for Investigative Journalism). Celui-ci documente les pertes, les conditions de vie et de travail et les nombreux obstacles sur la route des journalistes palestiniens. Le rapport se base sur un sondage de 383 journalistes à Gaza

Les principales préoccupations, hormis celles auxquelles tous les citoyens font face, sont la destruction des lieux de travail, la perte des outils de reportage (ordinateurs, caméras, accès à l’électricité) et le manque d’équipement de protection (casque, gilet pare-balles). À cela s’ajoute la perte de leur maison, les blessures de guerre et la perte de membres de leur famille. L’ARIJ est également à l’origine de « The Gaza Project ». Ce projet est en partenariat avec 13 médias du monde entier tels que Der Spiegel, The Guardian, Tamedia ou encore Le Monde. L’objectif est de protéger et financer le journalisme d’investigation à Gaza ainsi que poursuivre le travail des journalistes qui ont été tués ou ont dû s’exiler.

« I stopped working because I lost the phone necessary to keep up with my work. Now, I’m writing to you from a phone that only works to open links; it doesn’t take photos, doesn’t edit, and is of no use to me in any aspect of my work. » – Témoignage d’un journaliste palestinien recueilli par l’ARIJ

La soirée spéciale Ukraine s’est ouverte par une demi-heure d’hommage aux journalistes à Gaza et au Liban. C’est avec beaucoup d’émotions et de gravité que les intervenants ont pris parole. La réalité de la guerre c’est la perte d’équipement, le manque de connexion, de mobilité mais aussi et surtout l’horreur de la perte des siens. C’est avec énormément de courage et une volonté ne pas être oubliés, effacés que ces journalistes poursuivent leur travail. 

« We suffer from everything »

Ukraine, le rôle essentiel des fixeurs 

La guerre en Ukraine, première guerre sur le sol européen depuis celle de Bosnie-Herzégovine, était déjà le focus de la première édition de ces assises. Les journalistes doivent faire face à la désinformation, à la censure, au danger du terrain et au manque de moyens. La guerre définit un nouveau cadre et de nouveaux défis de taille.

Jeudi soir, a eu lieu la soirée spéciale Ukraine à l’Espace Magh. C’est le journaliste lauréat du Prix Albert Londres 2023 de la presse écrite, Wilson Fache qui présentait. Au programme, l’hommage aux journalistes gazaouis et libanais, la diffusion d’un reportage et une heure de débats et témoignages. 

Le reportage en question, “Fixeurs de guerre : les invisibles du reportage” est produit par Reporter Sans Frontières en collaboration avec Arte. Long de 28 minutes, le documentaire met en lumière les fixeurs, héros méconnus de l’information. Un fixeur est une personne qui sert d’intermédiaire, d’interprète et de guide à un journaliste dans une région dangereuse qui lui est étrangère.

Le documentaire suit trois fixeurs, Andrii Kolesnyk, Oleksandra Aleksandrenko et Kyrylo Sirchenko et les journalistes français qu’ils accompagnent, Morgane Bona, James de Caupenne et Philippe Joblois. Les fixeurs font plus que traduire ou donner quelques informations. Ils jouent un rôle essentiel d’échange, de communication, qui nécessite empathie et perspicacité. Leur mission est d’accompagner les journalistes au plus loin sur le terrain. Ils sont tour à tour chauffeurs, interprètes, guides, soutiens psychologiques. Être fixeur est aussi synonyme de sacrifices, quitter la sécurité, quitter ses proches. C’est parfois un réel changement de parcours. Auparavant, Oleksandra était institutrice, Kyrylo comédien. Quant à Andrei, il venait d’obtenir son master en sociologie lorsque la guerre a éclaté. Fixeurs et journalistes travaillent de concert au service du droit à l’information. C’est une relation tout à fait particulière qui se tisse entre eux.

Cette deuxième édition des assises a su souligner l’importance d’un journalisme de terrain tout en exposant les difficultés qui y sont liées. Fixeurs, grands reporters et journalistes locaux jouent un rôle essentiel pour faire entendre la voix des citoyens, rendre compte de leur réalité en ces temps d’horreur.

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