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EXPO : For all the good things and everything in between. Interview avec le photographe Nathan Mbouebe

Noemie Lambiotte

Entre le 13 septembre et le 10 novembre, le centre de photographie Hangar accueille le travail de Nathan Mbouebe. Au cœur des Châtelains à Ixelles, le Hangar propose son exposition automnale. Celle-ci nous emmène tout d’abord dans l’Atelier, collection d’œuvres du photographe belge Stephan Vanfleteren. Nous arrivons ensuite au dernier étage, où Nathan a reçu carte blanche pour son projet. À travers cette exposition et cette interview, c’est un artiste sensible et talentueux qui se dessine.

Rencontre

Je retrouve Nathan dans son atelier bruxellois. L’artiste a établi ses quartiers à la Fabriek, lieu socio-culturel alternatif situé à Anderlecht. 

Au 3ème étage, son studio baigné de lumière. Des notes de piano emplissent le lieu, les enceintes laissent s’échapper le jazz d’Ahmad Jamal. Sur les étagères, s’alignent fixateurs, révélateurs et réserves de pellicules. Sur le bureau, tirages, dossiers et post-its. Dans un coin, une télévision, souvenir de l’exposition .tiff au Vlaams Cultuurhuis de Brakke Grond à Amsterdam. À l’opposé dans la pièce, une colonne de plâtre. Celle-ci compte de nombreuses encoches, qui telles des fenêtres, s’ouvrent sur diverses réalités. Ce sont des photographies, en couleur, en noir et blanc, des portraits, des paysages, des petits bouts de vie. C’est un objet central qui exerce une forme d’attraction dans la pièce. Au cours de notre rencontre, nous marchons, nous tournons autour de cette colonne. Chaque angle révèle quelque chose de nouveau, chaque passage permet de déceler une sensibilité particulière. Elle provient de l’exposition au FOMU d’Anvers. 

Ce genre d’élément est une constante dans ses expositions, un ensemble de 4 photographies en imprimé sur tissu se trouve également au centre de la pièce à Ixelles. Toute la scénographie au Hangar est soignée, du rideau en perles de bois, à l’alternance entre noir et blanc et couleur jusqu’aux photographies présentées en tryptiques. 

Espace 

Si la scénographie est une part si importante de son travail, c’est parce qu’elle reflète l’ensemble de son processus créatif.  Au Hangar, en montant l’escalier, c’est un véritable changement d’univers entre celui très sombre de Vanfleteren et celui plus lumineux de Nathan Mboube. Réfléchir à la façon de prendre possession d’un espace est un exercice auquel le jeune photographe s’est plié avec plaisir. Dans le futur, Nathan prévoit d’aller plus loin dans la démarche, et de donner une dimension matérielle à ses idées. Pour ce faire, il s’intéresse de plus en plus à l’art plastique. La finalité serait de faire résonner les matières et les photographies entre elles via différents objets et dispositifs.

Nathan : J’ai eu l’occasion d’exposer ces deux derniers mois et j’ai dû penser à la dimension physique des images et ça m’a beaucoup touché. Instinctivement, j’ai envie d’intervenir avec d’autres éléments que la photo, avec du bois, avec de la peinture, travailler ces éléments ensemble.

Ce rapport à l’espace fait écho à son amour pour l’environnement. La nature et les lieux en général sont une véritable source d’inspiration pour l’artiste. À ses yeux, la nature est un sujet dont on ne peut pas se lasser, il envisage de terminer sa carrière dans la photographie de paysage ou animalière.

Nathan : Je pense qu’à la racine de mon travail, il y a toujours un rapport entre les gens et l’environnement. L’environnement doit résonner avec ce qu’on est, notre culture, nos valeurs et là il y a une démarche qui est simple, qui est naturelle. Le summum de l’environnement pour moi c’est la nature. Ultimement, j’aimerais pouvoir insérer mes créations dans la nature, comme si elles étaient là depuis toujours. J’ai la vision, pas encore le processus.

 “Le rapport entre un moment, l’environnement et la communauté, c’est ça l’essence de mon travail.”

L’environnement ce n’est pas seulement un espace physique, c’est aussi ces multitudes de relations, d’inspirations, d’habitudes qui se mélangent. 

Nathan : J’écoute beaucoup de musique en faisant mes tirages en chambre noire. Gil Scott Heron par exemple. J’aime bien sa façon de raconter les histoires, c’est très imagé et je suis sensible à ça. Ça m’inspire beaucoup, en l’écoutant, je peux pratiquement voir la couleur des murs, je me sens transporté dans la scène.

Mon frère me conseille beaucoup d’albums. Il est lui-même dans la musique et en réalité, c’est lui l’artiste qui m’inspire le plus. 

Exposition : For all the good things and everything in between au HANGAR / ©N.Lambiotte

Spasme

Outre ce rapport à l’espace, il y a un rapport  au temps propre à Nathan Mbouebe. À l’instar de Jean-Michel Basquiat, il puise son énergie créative dans la fulgurance. Pour Nathan, le réflexe photographique serait comparable à un spasme. Une impulsion qui permet de déclencher au bon moment, de saisir l’instant. C’est ce qu’il y a de presque mystique dans l’art, cet instinct fabuleux, nourri par une pratique régulière et une vision unique.

Nathan : Je ne dirais pas que je réfléchis avant de prendre une photo. Y réfléchir c’est rater le moment, une photo c’est 1/60ème, 1/125ème de seconde. Mes images sont principalement prises sur le vif, je ne suis pas vraiment un photographe de studio. Il faut vraiment que je sois dans un environnement, que je sois connecté à un moment et que je me sente à a place. Il y a quelque chose de spontané, comme si j’entrais en vibration avec ce qui se passe autour de moi.

Cette approche peut s’expliquer par son parcours, son histoire avec la photographie. Son attrait pour cet art a débuté par un besoin de figer un instant, de garder un souvenir. Autodidacte, il a su développer une démarche très personnelle qui se nourrit avant tout du moment présent. 

Nathan : Je fais ça sincèrement, je n’ai pas étudié la photo en école. J’ai vraiment appris ça par moi-même. Donc j’ai, dans un sens, eu la chance de ne pas être contraint de le faire de telle ou telle manière. En école, il faut parfois défendre son projet avant même de l’avoir commencé, ce n’est pas comme ça que je travaille. 

L’histoire de ma première photo ? J’avais 10, 11 ans, j’étais parti en voyage au Cameroun pour aller voir de la famille. Et cette fois-là a marqué quelque chose. C’était un moment très court et je voulais emporter un souvenir. J’ai pris l’appareil familial, j’avais aussi un journal dans lequel je notais tout. J’avais vraiment cette intention de pouvoir raconter ces instants en rentrant en Belgique. Ne pas oublier.

 “A un moment tu es face à ton propre travail et ça t’inspire quelque chose. C’est particulier, presque comme une prière. Une question se pose ; À quoi veux-tu accorder de l’importance ?”

Exposition for all the good things and everything in between au Hangar / ©N.Lambiotte

Sincérité

Si cet entretien devait se résumer en mot, ce serait la sincérité. En témoigne le titre de l’exposition: “For all the good things and everything in between.” C’est un hommage à la vie telle qu’elle est, ses beautés et ses peines. Les œuvres témoignent de fragments de vie sans fard, sans détour.

Nathan : Le titre, c’est une amie poète qui l’a écrit pour moi. Cette phrase m’évoquait tout ce qui compose la vie. Les moments importants, ceux qui le sont moins. Les choses tristes, les choses joyeuses, toutes les péripéties. Mon travail raconte les fragments d’une journée, des moments qui n’ont peut-être rien de spécial, mais qui ont un sens.

Nathan Mbouebe s’est orienté vers une pratique de reportage. Pour lui, l’essentiel est d’être connecté, de ressentir, de comprendre sa place et de traduire tout cela en une image. Ensuite, il s’agit d’accompagner cette image, avec la même sincérité, dans la post-production. Tout son travail personnel est fait au film et depuis trois ans, il développe lui-même ses pellicules. Beaucoup de décisions sur le rendu de l’image sont prises lors du développement, le faire par soi-même, c’est pousser la démarche créative jusqu’au bout. 

Selon Nathan, ce processus créatif ne peut se faire que si l’on est honnête avec soi-même, que l’inspiration, l’intention et la réalisation sont alignés.

Nathan : L’art te permet de trouver ta philosophie. Tu fais les choses et tu les fais avec sincérité, tu ne peux pas te mentir à toi-même. Au fond, tu sais si tu es juste dans ta démarche ou si tu te trahis. Si tu te concentres sur ce qui est sincère, ce qui est naturel, les étoiles vont s’aligner, des belles choses vont en découler. C’est quand j’ai vraiment compris ça que le FOMU est arrivé, que le Hangar est arrivé. 

Avec la photo, j’ai eu d’autres démarches. Il y a aussi l’aspect commercial, plus jeune j’ai été tenté de faire quelque chose de plus plaisant, de plus vendeur. Mais il y avait un décalage, je ne m’y retrouvais pas vraiment. Aujourd’hui, j’assume ma démarche et ça fonctionne. Je n’ai plus la sensation de faire un effort, c’est naturel.

Complémentarité 

Si le travail de Stephan Vanfleteren et celui Nathan Mbouebe diffèrent à bien des égards, ils se répondent toutefois très bien. Les deux expositions font plus que coexister, elles dialoguent et se renforcent mutuellement. 

L’Atelier c’est une collection d’œuvres qui explore le rôle de la lumière dans la photographie. C’est dans son atelier bruxellois que l’artiste alterne portraits et natures mortes. Des mises en scène parfois glaçantes, parfois empreintes d’une tendre mélancolie.

For all the good things and everything in between, c’est une ode au moment présent composée de portraits spontanés, de paysages, de scènes du quotidien dans leur beauté et leur simplicité. 

Les artistes se connectent tous les deux à leurs sujets avec authenticité et vulnérabilité. Les procédés n’ont rien en commun, mais dans le résultat, se retrouve la même franchise. Le parcours au Hangar commence par les œuvres très fortes, très sombres de Vanfleteren et se termine par les œuvres fraîches et colorées de Mbouebe. Et c’est ce mélange qui donne une telle force à l’ensemble. 

Nathan : J’ai eu l’occasion de rencontrer Stephan et il ressemble beaucoup à son travail . Et moi, le travail que j’ai exposé ici me représente vraiment aussi. Je ne pourrais pas exprimer ma volonté dans la photo d’une façon différente. Nos deux expositions sont des propositions sincères. Ce qui nous relie, c’est vraiment une connexion au niveau de l’humain plutôt que du travail. Je trouve que nos approches sont très différentes mais je comprends pourquoi on a été amené à se rencontrer.

Le Hangar a pour habitude de mettre en lumière le travail de jeunes photographes belges et Nathan Mbouebe est, indubitablement, un digne représentant de ses pairs. Ses créations, organiques, spontanées et tout en sensibilité ne vous laisseront pas indifférents. 

“Faut être sincère, ça ne sert à rien de prétendre. Les belles choses arrivent lorsqu’on est aligné avec soi-même”

Comparaison entre For all the good things and everything in between de Nathan Mbouebe et Atelier de Stephan Vanfleteren / ©N.Lambiotte

Infos Pratiques : 

Exposition Atelier du 13 septembre au 21 décembre 2024. Exposition For all the good things and everything in between du 13 septembre au 10 novembre 2024.

Au Hangar Photo Art Center Du mercredi au dimanche, de 12 h à 18 h.

18, Place du Châtelain, 1050 Ixelles

Le travail de Nathan Mbouebe :  nathan-mbouebe

En remerciant chaleureusement Nathan Mbouebe pour son temps et cette belle discussion.

Auteur/autrice

1 commentaire

comments user
Zoé

Merci pour la découverte de son incroyable univers. Je n’ai qu’une hâte : voir l’exposition.

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