Hautes écoles et écologie : une transition qui peine à décoller
Alors que le développement durable est une question toujours plus actuelle, comment ce vaste chantier s’inscrit-il dans l’enseignement supérieur ? En Wallonie et à Bruxelles, un poste-clé a vu le jour dans plusieurs hautes écoles : celui de coordinateur ou coordinatrice en développement durable. Une fonction essentielle… mais qui reste fragile.
À l’origine de cette dynamique, un financement régional. Dans le cadre de son Plan de relance, la Région wallonne a débloqué 4 millions d’euros pour accompagner les établissements supérieurs dans leur transition écologique. Ce soutien a permis la création de postes de coordination en développement durable, parfois complétés à Bruxelles grâce à une aide de la COCOF. Mais la logique reste provisoire : les financements ne couvrent que trois ans. Et après ? Rien n’est assuré.
L’objectif de départ était clair : accompagner les institutions dans l’élaboration d’un plan de transition écologique, en mobilisant la communauté éducative. « Le but, c’est d’avoir un plan de transition à l’échelle de l’établissement qui reflète aussi une certaine forme de participation, de démocratie, de vision commune », explique une coordinatrice actuellement en poste dans une haute école bruxelloise. « C’était ça vraiment l’enjeu des premières années : fédérer autour de cette démarche. Il y a des gens convaincus, toujours les mêmes, qu’on retrouve aux réunions et qui sont force de proposition. Il y a d’autres gens qui étaient encore un peu à convaincre. »
Des actions concrètes… mais des résultats difficiles à évaluer
Dans certains établissements, des progrès visibles ont été accomplis : installation de fontaines à eau, modification de certains cours pour y intégrer des enjeux environnementaux, campagnes de sensibilisation à la mobilité douce… Mais les résultats sont parfois diffus, et surtout difficiles à quantifier. Comment évaluer l’impact d’un changement de culture, de mentalité ou de posture pédagogique ?
À ce titre, les coordinateurs ne manquent pas d’initiatives. Mais ils se heurtent à une limite récurrente : l’isolement. « Je peux difficilement dire « invitez-moi aux réunions », « je veux être autour de la table », si on est fragilisé dans ce poste », confie la même coordinatrice. Le poste, souvent mal intégré dans les organigrammes, reste perçu comme marginal. « C’est un peu vu comme un truc en plus, pas comme quelque chose de central. »
Un défi transversal et structurel
Le cœur du problème réside sans doute là : dans l’ambiguïté de la fonction. Le coordinateur n’est ni gestionnaire technique, ni formateur, ni membre de la direction – mais il touche à tout. Il doit travailler avec les enseignants, les services administratifs, les cellules pédagogiques, parfois même la logistique ou les marchés publics. Et convaincre chacun qu’il a un rôle à jouer dans la transition.
Mais sans relais dans les sections, sans valorisation officielle, l’investissement reste souvent bénévole. « On est face à des limites en termes de mobilisation, de toujours engager des énergies bénévoles. C’était le plus gros frein, je pense. »
Dans les faits, certaines initiatives sont laissées à la discrétion des enseignants : intégrer un texte sur le climat dans un cours d’anglais, organiser une conférence sur l’écologie, mener un projet avec les étudiants… Mais cela repose sur la bonne volonté. « Il faudrait une impulsion collective, un travail en profondeur sur l’architecture des programmes. Mais sans volonté commune, je ne peux rien imposer. »
Un contexte politique peu favorable
À ces obstacles internes s’ajoute un contexte politique et sociétal qui n’est plus aussi favorable qu’auparavant. « Ces enjeux écologiques, qui ont été peut-être au centre de l’attention il y a deux ans, avec les marches pour le climat… On avait l’impression que tout le monde allait se mettre enfin en mouvement. On a un peu un retour en arrière, l’élastique qui se retourne dans l’autre sens. »
Ce recul, visible dans l’opinion publique comme dans les priorités politiques, inquiète particulièrement les coordinateurs. Car le financement de leur fonction dépend directement de la volonté des gouvernements. Or, on est en droit de penser que le développement durable n’est pas dans les priorités du gouvernement actuel.
Un poste essentiel, mais à consolider
Malgré ces difficultés, le rôle de coordination en développement durable reste crucial. Il permet d’enclencher des dynamiques de transformation, de créer des ponts entre disciplines, d’ouvrir des espaces de dialogue. C’est un travail de longue haleine, souvent invisible, mais porteur de sens.
Encore faut-il lui donner les moyens d’exister. Ces trois premières années, censées être fondatrices, risquent de n’avoir servi à rien si les postes ne sont pas reconduits ou renforcés. « Ces trois premières années, qui accumulent un bilan mitigé, n’auront plus aucun sens si le projet n’est pas maintenu dans la durée. »
En définitive, si les hautes écoles veulent vraiment s’inscrire dans la transition écologique, elles devront aller au-delà de l’expérimentation. Et faire de ces postes une pierre angulaire de leur stratégie, plutôt qu’un poste à durée déterminée, fragile et isolé.



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