14 juin à Paris : répression d’une mobilisation pour Gaza et pour Georges Abdallah
Il est 18 heures, ce samedi 14 juin, lorsque la foule commence à se disperser place de la Nation. Depuis la place de la République, des milliers de manifestants ont arpenté les rues de Paris pour exiger la paix à Gaza et la libération de Georges Ibrahim Abdallah. 9.000 participants selon la préfecture, 150.000 selon la CGT et La France insoumise. Qu’importe les chiffres : la place était noire de monde, la foule débordait sur les boulevards et les slogans fusaient sans interruption ; « Free Palestine » et « Libérez Georges Abdallah ! ».
Pourtant, comme souvent, le message pacifiste s’est heurté à la répression. Dès les premières heures, place de la République, le ton est donné. La fontaine est interdite d’accès : des militants y ont grimpé, brandissant des drapeaux palestiniens, immédiatement encerclés par les forces de l’ordre. Les policiers bloquent les abords, somment les activistes de descendre, menacent, frappent. Aucun dialogue, aucune désescalade. Juste l’ordre, et la force pour l’imposer.
Vers 19 heures, alors que des manifestants tentent de revenir vers la statue pour soutenir les camarades encerclés, la situation dégénère. Des interpellations d’une violence extrême ont lieu. Des policiers escaladent la structure pour arracher les militants, les traînent sur plusieurs mètres de hauteur, risquant de les faire chuter. Un homme est matraqué en pleine tête alors qu’il passait simplement par là. D’autres sont roués de coups au sol, poursuivis jusque dans le métro, poussés dans les escaliers. On n’arrête plus la machine : charges sans sommation, gaz lacrymogènes à outrance, la BRAV-M et les CRS quadrillent la place comme un champ de bataille.




Une fois encore, la doctrine du maintien de l’ordre ressemble moins à une stratégie de désescalade qu’à une démonstration de force brute. Face à une foule qui réclame le respect du droit international, l’État oppose l’intimidation, les coups, l’humiliation. Dans ce climat, le cas de Georges Abdallah résonne avec une intensité toute particulière.
Georges Abdallah, symbole d’une répression plus ancienne
Dans la foule du 14 juin, une revendication revient avec insistance : la libération immédiate de Georges Ibrahim Abdallah, emprisonné en France depuis 1984. Militant communiste libanais, soutien indéfectible de la cause palestinienne, il est devenu un symbole vivant d’une justice à deux vitesses. Condamné à perpétuité en 1987 pour complicité dans l’assassinat d’un diplomate américain et d’un attaché militaire israélien, il est libérable depuis 1999. Mais à 73 ans, il croupit toujours à la prison de Lannemezan.
En novembre 2024, un premier tribunal antiterroriste avait pourtant acté la possibilité de sa libération, à condition d’une expulsion vers le Liban. Mais le Parquet national antiterroriste, soutenu par des pressions diplomatiques américaines et israéliennes, s’est opposé. En appel, la justice a exigé de nouvelles preuves d’« indemnisation des parties civiles ». Traduction : tant qu’il ne paiera pas, il restera enfermé. Peu importe qu’il n’ait jamais reconnu les faits précis, peu importe que le Liban ait délivré son passeport et accepté son retour.
Derrière l’acharnement judiciaire, c’est une logique d’État qui se déploie. Le ministère de l’Intérieur refuse de signer le décret d’expulsion, bloquant de facto toute sortie. Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature et d’autres ONG dénoncent une détention politique. Mais l’État refuse de l’admettre. Georges Abdallah, pour ses soutiens, est aujourd’hui le plus ancien prisonnier politique d’Europe.
Un homme, un engagement, une gêne
Depuis sa cellule, Georges Abdallah n’a jamais cessé de revendiquer son engagement antisioniste et anti-impérialiste. Il ne plaide pas la clémence, il ne mendie pas sa sortie, il refuse l’étiquette de « terroriste » mais ne renie pas sa lutte armée des années 1980. Pour ses partisans, c’est justement cette fidélité à ses convictions qui dérange. Il est la preuve vivante que certains combats ne se laissent pas enterrer et que la dignité n’est pas à vendre.
Lors de l’audience de décembre 2024, l’ambassade américaine a même adressé un courrier à la cour pour s’opposer formellement à sa libération. Pour Me Jean-Louis Chalanset, son avocat, le message est limpide :
« La justice ne tranche pas. Elle attend. Elle pèse les rapports de force. »
Cette logique de rapports de force, on la retrouve dans la rue. Les interdictions de manifestations pro-palestiniennes se multiplient. Les dissolutions administratives aussi. Dans les facs, les plateaux télé, les mairies, le soutien à la Palestine devient suspect. Et lorsque des voix s’élèvent, comme celle de l’eurodéputée Rima Hassan, présente dans le cortège du 14 juin, quelques jours après avoir été détenue par Israël, elles sont aussitôt décrédibilisées, diabolisées, réduites au silence.

« La France est complice active de ce qui se passe à Gaza », dénonce-t-elle.
Une accusation grave, mais étayée par l’inaction diplomatique, les ventes d’armes, et les prises de position répétées du gouvernement. Elle a donc appelé à la désobéissance pour faire respecter le droit international.
Emmanuel Macron a définitivement choisi son camp
Un appel qui résonne amèrement quand, la veille, le président de la République affiche son soutient public à un régime génocidaire.
Emmanuel Macron a affirmé que la France participerait « aux opérations de protection et de défense » d’Israël en cas de riposte iranienne, si elle est « en situation de le faire ». Tout en se gardant de toute « opération offensive », le président français entérine ainsi l’idée que l’État français pourrait défendre militairement un régime accusé de crimes de guerre et de violations systématiques du droit international.
Au lieu d’exiger un cessez-le-feu immédiat ou de condamner les frappes israéliennes sur l’Iran, Macron s’en est pris à la République islamique, désignée comme seule responsable de l’instabilité régionale. Il a en outre alerté sur d’éventuelles répercussions économiques, notamment sur le pétrole et le détroit d’Ormuz, comme si les enjeux financiers occidentaux primaient sur les dizaines de milliers de vies civiles menacées dans la région. Une position qui confirme, une fois de plus, l’alignement occidental sur Tel-Aviv, au mépris du droit des peuples et du droit tout court.
Un miroir tendu à la République
Ce 14 juin, la rue parlait de justice, de paix, de mémoire. Elle demandait la fin d’un massacre à Gaza et la fin d’un acharnement judiciaire en France. Mais la réponse a été la même que d’habitude : la force. Comme si la solidarité internationale devenait un crime. Comme si le drapeau palestinien était devenu une cible.
Le maintien en détention de Georges Abdallah n’est pas un accident mais un choix politique. Une ligne rouge imposée depuis l’étranger et une justice instrumentalisée pour faire taire les dissidences. À l’heure où Gaza s’enfonce dans l’horreur, la France s’entête à enfermer un homme depuis 40 ans pour ses idées.

Et c’est peut-être cela qui dérange le plus : qu’un homme tienne, là où tant d’autres plient. Qu’il rappelle, depuis sa cellule, que la justice n’est jamais neutre. Et que la solidarité, elle, ne se négocie pas.
La date du 19 juin 2025 sera un moment clé pour Georges Abdallah et tous ses soutiens. Cette audience pourrait enfin décider de son sort, après plus de quarante ans d’emprisonnement. Mais au-delà de sa libération éventuelle, c’est aussi une nouvelle étape dans la lutte pour la justice et la reconnaissance des prisonniers politiques en France. Nous continuerons de suivre de près ce dossier et vous tiendrons informés des suites. Rendez-vous donc le 19 juin, jour de vérité.



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