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Les Marolles : entre traditions et nouveautés


Les Marolles, cœur historique de Bruxelles, n’ont pas fini de se renouveler. Au départ quartier religieux ensuite industriel, puis touristique, il n’a cessé de se transformer sans perdre son authenticité. Quartier populaire de quelques rues, entre les Sablons et la gare du Midi, il est connu pour ses antiquaires mais recèle bien d’autres trésors. Plusieurs commerces ont su apporter de la nouveauté tout en préservant l’âme de ses ruelles.

Le temps d’une balade 

Pas un gratte-ciel à l’horizon, mais des bâtisses typiques, des façades colorées et des ruelles couvertes de street art. Le quartier est surplombé par la Place Poelaert et les célèbres échafaudages du Palais de Justice. Dans l’air, une odeur de pain frais, tout droit sortie de la boulangerie Pinpin. Elle se mêle à celle de bois et de cire des antiquaires. Les pavés irréguliers mènent à la place du Jeu de balle et son marché aux puces. Les négociations y vont bon train, tout comme les discussions sur les terrasses. Au coin, les habitués profitent d’un café ou d’un pastis chez Le Marseillais. La foule est bigarrée, jeunes, vieux, marolliens et touristes forment un joyeux mélange.

Tropicall Records 

Les Marolles sont synonymes de seconde main, mais aussi de musique. De nombreux disquaires y ont établi leurs quartiers, dont Quentin et Nicolas de Tropicall Records. Collègues, mais avant tout meilleurs amis, cela fait 3 ans que leurs disques résonnent dans leur boutique de la Rue Haute. Quentin nous explique leur parcours et leur philosophie. 

On voulait quitter le centre après y avoir travaillé pendant 10 ans. On a décidé de s’installer ici, il y a une diversité et un goût pour la musique caractéristiques du quartier. En plus, ici, il y a toujours eu un marché de la seconde main. Au niveau style, on défend tout ce qu’on aime bien. On a du world jazz, du psyché, de la pop, du classic rock, il y a vraiment de tout. On a du neuf et de l’occasion. On met beaucoup de nous dans la sélection, après les gens s’y retrouvent ou non. Notre sélection n’est pas supérieure aux autres, c’est à chacun de trouver ce qui lui plaît.

On a aussi des livres et une exposition qu’on fait tourner tous les deux mois. C’est souvent un artiste bruxellois. Notre espace est modulable, on fait des events, des lives…
On est une génération solidaire, je dirais qu’il existe une forme de synergie. Il y a beaucoup de collaborations. C’est une démarche qui n’est pas très maline niveau commerce parce qu’on ne gagne rien. Mais c’est gratifiant, cela donne du sens au projet et ça donne le sentiment d’être utile.

Si je devais choisir un album pour décrire le quartier ? Je ne sais pas, peut-être Marolles Blues. C’est un 45 tours qui nous a été offert. Sinon Luc Michelle et Marockin’Brass c’est du gnaoua, de la musique marocaine avec des mecs de la scène jazz bruxelloise. C’est un vrai mélange, je trouve que c’est bien représentatif du quartier.

Tropical Records se trouve au numéro 235 de la Rue Haute. C’est dans une ambiance détendue et chaleureuse que vous y serez accueillis. 

La boutique Tropicall Records/©N.Lambiotte

Il y a une dizaine d’années, les Marolles n’étaient presque exclusivement composés que d’antiquaires et de marchands d’art. Aujourd’hui, ses rues pavées accueillent des commerces en tout genre. Bars, cafés, aubettes, mais aussi friperies, salons de tatouage ou encore ateliers de poterie. Si les antiquaires sont un peu moins nombreux, c’est en partie parce que la clientèle change, évolue, mais aussi à cause du plan Goodmove. Le nombre de places de parking a drastiquement diminué et à cela s’ajoute un accès restreint pour les véhicules motorisés. Si l’écologie doit être prise au sérieux, les antiquaires demandent d’être également considérés et plaident pour une solution intermédiaire. En effet, il n’est pas aisé de ramener une table à vélo ou une armoire à pied. Toutefois, de nombreux antiquaires résistent et persistent. De plus, les ventes de meubles se font différemment aujourd’hui. Plusieurs commerces ont choisi de se diversifier et d’offrir, en plus des meubles, d’autres produits. C’est le cas de Ticky Tacky.

Ticky Tacky 

Ticky Tacky, c’est la caverne aux mille trésors des Marolles. La boutique propose, entre autres, du mobilier vintage, de la décoration décalée et une large sélection de cartes et de tirages d’art. Pauline, la gérante, nous fait découvrir ce lieu niché dans la rue des Renards. 

J’ai eu l’occasion de reprendre ce commerce avec mon associé en 2018. À la base, je ne suis pas du tout commerçante, je viens du milieu culturel. J’ai même travaillé au Théâtre des Tanneurs. Je pense que je ne pourrais pas être commerçante dans un autre quartier que celui-ci. Il y a vraiment une ambiance particulière, comme un petit village dans la rue. On se connaît tous. Il y a une entraide, de la solidarité. 

Avec mon associé, on a un vrai goût pour le vintage, le design, sans pour autant être tout à fait avertis dans le domaine. Au départ, nous avons partagé la boutique avec Juliette, une antiquaire. Et elle a apporté une touche particulière à la boutique. Même avec le plan GoodMove, on vend encore des meubles. Et on a envie que la boutique garde cette âme-là parce qu’on est dans un quartier d’antiquaires et les gens viennent aussi pour ça.

C’est très important pour nous que tout le monde, toutes les bourses puissent s’y retrouver. De la carte d’anniversaire à 1 euro 20 aux miroirs et luminaires tout en passant par les beaux livres photos. Ce qui est agréable en travaillant ici, ce sont les clients qui sourient, qui rigolent en découvrant ce que l’on vend de drôle, d’absurde, de décalé. Et je crois que c’est un peu l’univers que l’on a envie de dégager. Quelque chose de coloré, joyeux, poétique. 

Pour retrouver Pauline et ses pépites, rendez-vous au numéro 28 de la Rue des Renards. Plongez-vous dans une ambiance année 60 et décalée.

La boutique Ticky Tacky / ©N.Lambiotte

Mazette

Après une tournée shopping ou une matinée passée à négocier au marché, la faim se fait souvent sentir. Le café-brasserie Mazette est un incontournable de la Place du Jeu de Balle depuis plus de deux ans. Thomas, l’un des coopérateurs-travailleurs, nous fait découvrir leur concept.

Moi, c’est Thomas, je suis ce qu’on appelle ici un frucheleer. C’est le nom que nous nous sommes donné. Mazette est une coopérative de travailleurs, l’idée est que les personnes qui travaillent ici sont aussi décisionnaires de l’avenir du lieu. On veut remettre les travailleurs au centre des décisions. On a pas mal de métiers différents. Barman, cuistot, boulanger, brasseur, mais aussi des coopérateurs qui s’occupent de l’administratif.

On essaie de s’inscrire dans l’optique du quartier des Marolles. Sans venir brusquer les habitudes locales. C’est un quartier historique de Bruxelles et populaire, c’est pourquoi nous essayons de fournir un service accessible à tout le monde. Tout en garantissant un revenu juste tout au long de la chaîne. La plupart de nos coopérateurs et coopératrices sont du quartier et on les laisse venir changer, faire bouger le projet. Les coopératives dans l’horeca sont vraiment propres au quartier : sur les quatre de Bruxelles, trois sont ici. 

On a pour objectif de pérenniser le projet, qu’il s’inscrive encore plus dans les thématiques du quartier. Il y aussi l’aspect culturel. L’un de nos coopérateurs organise des scènes ouvertes, un autre propose des soirées jeux de société. Notre idée est de développer le projet pour embaucher plus de personnes et pourquoi pas un jour vivre de nos propres produits. Avoir notre propre ferme, cultiver nos propres légumes. Se fournir auprès d’un Mazette 2.0 qui serait à la campagne. 

Pour goûter à leurs bons petits plats ou simplement savourer une bière artisanale, cela se passe au 50 Place du Jeu de Balle. C’est un lieu typique et une équipe dynamique qui vous ouvriront leurs portes. 

Le café-brasserie Mazette / ©N. Lambiotte

Ce que l’on retient des Marolles, c’est l’artisanat, la seconde main, mais aussi et surtout la solidarité. C’est un quartier familial et chaleureux. Du 17 octobre au 5 janvier, les rues se parent de lumières et de couleurs avec le festival Marollescence. Baladez-vous au rythme de plusieurs installations irisées et décorations flamboyantes. N’hésitez pas à achevez votre parcours en prenant l’ascenseur jusque la place Poelart et sa grande roue afin d’y admirer le panorama.

Quartier des Marolles / ©N. Lambiotte

Auteur/autrice

1 commentaire

comments user
Claire

Merci pour la visite.
Ça donne bien envie d’aller se balader dans ce quartier !

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