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Édito : comment une idée d’égalité est devenue le croque-mitaine des réacs

© Solenn Becquevort

Depuis quelques années, un mot fait frémir les conservateurs tel un tweet d’Elon Musk : « wokisme ». Selon eux, c’est une menace plus grande que la crise climatique, la montée de l’extrême droite et les désastres économiques réunis. Mais au fait, c’est quoi exactement, le wokisme ? Et surtout, pourquoi certains réactionnaires hurlent-ils à la mort à chaque fois qu’ils en entendent parler ?

Le « Wokisme » : petite histoire d’un mot qui fait peur

En 2014, les manifestations aux États-Unis marquent le début du « wokisme » comme mouvement
©JP Photography

À l’origine, « woke » vient de l’anglais et signifie « éveillé ». Un terme issu des communautés afro-américaines pour désigner une conscience des injustices sociales et raciales. Il a réellement été popularisé avec le mouvement Black Lives Matter. Mais comme toujours, certains ont décidé de le transformer en une insulte. Aujourd’hui, si vous défendez les droits des minorités, si vous pensez que le racisme existe, ou que l’égalité entre les sexes est une bonne chose, félicitations ! Vous êtes « woke ». Et apparemment, ça fait de vous l’ennemi public n°1 de la liberté d’oppression.

Quand le « Woke » devient l’excuse parfaite pour tout

Le wokisme, c’est le nouveau Joker des conservateurs. Un film avec une réalisation par une femme ? C’est la faute du wokisme. Un joueur de foot qui porte un brassard arc-en-ciel ? Wokisme. Un personnage de jeu vidéo trop inclusif ? Encore du wokisme. On pourrait presque croire que ce mouvement secret et tentaculaire gouverne le monde en douce.

Mais ce qui est fascinant, c’est à quel point cette panique morale sert un but précis : décrédibiliser les luttes sociales. Si on fait passer les militant·e·s progressistes pour des hystériques dangereux, c’est plus facile d’éviter les discussions de fond sur les inégalités systémiques, le sexisme ou le racisme.

Une stratégie de détournement bien rodée

Derrière ce matraquage anti-woke se cache une vieille recette : détourner l’attention des vrais problèmes. Pendant que les médias et les politiciens de droite hurlent contre une supposée « dictature woke », la précarité augmente, le climat se dérègle et les inégalités explosent. Mais au lieu d’en parler, on préfère focaliser le débat sur des anecdotes absurdes : un personnage de Disney devient noir ? Scandale ! Un manuel scolaire parle de discriminations ? Dictature !

Ce qui est ironique, c’est que ces mêmes conservateurs, qui dénoncent une culture de la victimisation chez les progressistes, passent leur temps à pleurnicher sur la disparition de leur monde d’avant. Un monde où l’on pouvait être raciste sans conséquences, où les femmes devaient se taire et où l’homophobie était un sport national.

En Belgique, cette instrumentalisation du wokisme est devenue une arme rhétorique majeure pour certains partis et médias conservateurs. Le Mouvement Réformateur (MR), la N-VA et le VlaamsBelang en ont fait un cheval de bataille, utilisant ce concept pour décrédibiliser toute avancée progressiste en la caricaturant comme un extrémisme dangereux. Georges-Louis Bouchez, président du MR, n’hésite pas à agiter la menace woke pour mobiliser son électorat, tout en occultant les problématiques économiques et sociales bien réelles qui touchent la population.

De son côté, le rédacteur en chef de La Libre Belgique s’inscrit dans cette même dynamique, multipliant les éditoriaux fustigeant une prétendue dérive idéologique des progressistes. En opposant systématiquement le « bon sens » conservateur à un soi-disant délire woke, il participe à une stratégie de division qui vise à créer un ennemi imaginaire pour éviter d’aborder les questions essentielles.

Édito publié chez la Libre, le 28-01-2025

Cette offensive anti-woke n’est donc pas un simple débat culturel, mais bien une stratégie politique visant à maintenir un statu quo qui profite aux élites en place. En détournant l’attention des enjeux structurels, elle permet de canaliser la colère populaire vers des combats imaginaires plutôt que vers les véritables responsables des injustices sociales.

Quand Trump déclare la guerre au « Wokisme »

Le discours anti-woke ne se limite pas à l’Europe, bien au contraire. Ce mouvement anti-woke a commencé Outre-Atlantique. Aux États-Unis, Donald Trump a d’ailleurs récemment proclamé devant le Congrès que « l’Amérique ne sera plus woke ». Comme s’il s’agissait d’une menace existentielle pour la nation. Derrière cette rhétorique, on retrouve la même stratégie : faire du wokisme un bouc émissaire pour détourner l’attention des véritables défis du pays. Car il est bien plus facile d’agiter le spectre d’un ennemi imaginaire que d’apporter des solutions pour calmer l’inflation et la chute libre de la bourse.

Résister, c’est exister

Finalement, qu’est-ce qu’être woke, sinon être conscient des injustices et vouloir un monde plus égalitaire ? Derrière cette étiquette diabolisée se cachent des valeurs fondamentales : l’égalité, la justice sociale, la lutte contre les discriminations. En somme, toutes ces valeurs fondamentales que nos sociétés prétendent défendre.

Alors, si être woke signifie refuser le racisme, le sexisme et toutes les formes d’oppression, si cela veut dire défendre les droits humains et prôner l’inclusion, alors oui, je suis fier d’être woke, et nous devrions tous l’être.

Auteur/autrice

  • Adrien Goffin

    Étudiant en troisième année de journalisme, je décrypte l’actualité avec un regard affûté et engagé. Spécialisé en géopolitique, j’analyse les dynamiques internationales pour en révéler les enjeux cachés. Que ce soit sur le terrain ou à travers mes écrits, je cherche à informer avec rigueur et clarté.

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Étudiant en troisième année de journalisme, je décrypte l’actualité avec un regard affûté et engagé. Spécialisé en géopolitique, j’analyse les dynamiques internationales pour en révéler les enjeux cachés. Que ce soit sur le terrain ou à travers mes écrits, je cherche à informer avec rigueur et clarté.

2 comments

comments user
Dom

J’adore
Voilà un texte que j’aurais pu écrire
Il a bon dos le wokisme. C’est tellement simple de critiquer ceux et celles qui défendent les minorités.

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