Vers la fin des déchets textiles ?
Le premier janvier 2025, la collecte de déchets textiles deviendra une obligation européenne. L’Union européenne s’attaque à un problème majeur : la pollution liée aux textiles qui impacte l’environnement aussi bien lors de leur production que durant leur élimination.

Le secteur textile dégage chaque année près de 4 milliards de tonnes de CO2, soit environ 10% des émissions totales de l’humanité (ce qui est plus que celles de l’aviation). La consommation européenne de textile contribue de manière significative à la pollution de l’environnement et au changement climatique. Après l’industrie alimentaire, la construction et les transports, le secteur textile est l’industrie la plus polluante en Europe, sans parler des impacts extériorisés liés aux importations de textiles de pays hors UE.
Aujourd’hui, on estime que les Bruxellois produisent chaque année 13 à 15 kg de déchets textiles dont seulement 29% seraient collectés sélectivement par les entreprises d’économie sociale. Le reste de ces déchets textiles finit logiquement dans la collecte des déchets résiduels ou dans des dépôts clandestins, et sont ensuite incinérés. L’Union européenne a donc décidé de s’attaquer à ce problème.
Dans la pratique, l’UE demande à ses pays membres d’instaurer un système de collecte séparée pour les textiles usagés. Cela a pour objectif de ne plus mélanger les déchets textiles avec les autres déchets afin de faciliter leur tri et leur recyclage. L’objectif est, à terme, d’instaurer les textiles dans l’économie circulaire européenne pour empêcher que ceux-ci ne soient exportés vers des pays hors UE où l’on sait qu’il n’y seront pas traités correctement non plus.
Les problèmes logistiques
Dans cette nouvelle norme européenne, les acteurs importants seront bien sûr les associations qui s’occupent déjà de la collecte de vêtements comme par exemple les points de collecte Terre qui sont très répandus. Mais il s’agit également de nombreuses petites associations qui s’occupent aussi de redistribuer gratuitement des vêtements aux personnes les plus démunies.
L’ASBL A Better World Belgium à Braine-L’Alleud s’occupe principalement de cela : sur base volontaire, les personnes viennent y déposer des dons. Une grande partie de ces dons est constituée de vêtements.

« C’est une donnerie accessible aux personnes bénéficiaires des associations avec lesquelles on collabore, telles que le CPAS, les Restos Sociaux, les Frigos Solidaires,… » nous explique Benoit Notté, un des administrateurs de l’ASBL.
« On trie les vêtements en 3 : ceux en assez bon état pour être directement mis dans la donnerie, ceux qui nécessitent une petite retouche, et puis ceux qui seront utilisés comme tissu pour d’autres créations, ou qui devront être détruits ».
L’élimination des vêtements consiste en fait à les donner à Terre (notamment) pour que eux puissent ensuite… les brûler. D’après Terre, près de 20% de leur collecte finit incinérée, faute de pouvoir être recyclée.
Une mise en application difficile
Si l’objectif de la mesure européenne est louable, la mise en application de celle-ci doit être plus précisément définie par la Belgique afin de ne pas laisser les associations sans ressources face à l’afflux de déchets.
« La plupart des gens donnent déjà leurs vêtements aux associations, cette mesure ne ferait que déplacer le problème : les vêtements seront toujours brûlés, mais au coût du milieu associatif. En plus, on risque de recevoir beaucoup plus de dons en mauvais état parce que les grosses associations comme Terre et Les Petits Riens vont vite se retrouver surchargées par des déchets et se mettre à refuser des dons. »
Le problème vient aussi, bien sûr, de la fast fashion : ces vêtements vite-achetés, vite-jetés, très peu chers mais de mauvaise qualité, sont un désastre environnemental et un immense gaspillage de ressources.
« Des vêtements qui viennent de Shein par exemple ne peuvent pas servir en deuxième main, ils sont tellement de mauvaise qualité qu’ils sont bons pour la poubelle directement. »
Alors, quelle solution ? Ces déchets doivent pourtant être traités, mais il faudrait des moyens.
« Il faudrait rajouter une taxe d’importation sur les vêtements de mauvaise qualité. Elle servirait à mettre en place au sein des associations concernées un procédé permettant le recyclage des tissus de bonne qualité mais trop abîmés. »
Dans le contexte actuel, il est peu probable que ces associations voient leurs financements augmenter dans les années à venir. Pourtant, elles jouent un rôle crucial en remplissant des missions délaissées par l’État. Si ces structures existent, c’est précisément pour combler des lacunes dans certains domaines d’aide. Réduire leurs fonds ne fera qu’aggraver les problèmes qu’elles tentent de résoudre.



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