Vente d’Ethias : la fin d’un partenariat public en vue ?
La question de la vente d’Ethias, assureur détenu par les Régions et l’État fédéral, revient régulièrement dans les débats politiques. Une éventuelle fusion avec Belfius, autre acteur public, semble particulièrement d’actualité. Ce projet pourrait répondre à des besoins budgétaires tout en garantissant l’emploi local. Le ministre-président Adrien Dolimont ne se cachait d’ailleurs pas en novembre de son envie de vendre la compagnie dans les mois à venir.
Les conditions actuelles favorables
Selon l’économiste Alexandre Girard, le moment est idéal pour vendre. La valorisation des entreprises d’assurance est à son apogée, portée par des perspectives de consolidation dans le secteur. Ethias, grâce à sa clientèle solide et sa rentabilité, attire les acheteurs. Parmi eux, Belfius se distingue comme le candidat naturel pour un rapprochement stratégique.
Un regard sur l’histoire d’Ethias
Fondée en 1919 sous le nom de Société mutuelle des administrations publiques (Smap), Ethias avait pour vocation initiale de couvrir les risques des administrations publiques contre l’incendie, la foudre et les explosions. Basée sur un modèle mutualiste, chaque membre était à la fois assureur et assuré, sans capital social ni actionnaires à rémunérer.
En janvier 2000, Ethias a élargi son activité au secteur privé et au grand public. Après la crise économique de 2008, elle a abandonné son modèle mutualiste pour devenir une société anonyme, permettant une recapitalisation par l’État. Depuis, Ethias a continué à évoluer, renforçant ses fonds propres et diversifiant ses activités, notamment avec une participation significative dans IMA Benelux en 2019.
La structure du groupe Ethias : une organisation en plusieurs niveaux
Ethias est organisé autour d’une structure pyramidale regroupant plusieurs entités. Au sommet, on trouve la coopérative EthiasCo, qui regroupe les principaux actionnaires publics : l’État belge, la Région wallonne et la Communauté flamande. Ces derniers détiennent ensemble une participation dans la société de portefeuille Vitrufin s.a., qui contrôle 100 % des actions de Ethias s.a., l’assureur opérationnel.
Ethias s.a., le cœur du groupe
Ethias s.a. est agréée pour pratiquer plusieurs branches d’assurance :
- Assurances Non Vie (dommages, responsabilité civile, etc.)
- Assurances Vie, incluant les contrats de nuptialité et de natalité.
- Opérations de capitalisation, visant à gérer des fonds pour le compte de clients.
Elle détient également toutes les participations dans les autres filiales du groupe, ce qui renforce sa position stratégique au sein du secteur.
Un modèle public-privé
Cette structure illustre un modèle hybride entre public et privé, permettant à Ethias de conjuguer des missions sociales et une logique d’efficacité commerciale.
Les trois actionnaires publics d’Ethias, à parts égales, pourraient profiter de cette vente pour se désendetter. La réduction des déficits est un enjeu crucial pour respecter les exigences budgétaires européennes. Les 110 millions d’euros de dividendes annuels versés par Ethias ne suffisent plus face à ces défis.
Pourquoi une fusion avec Belfius ?
Une fusion entre Belfius et Ethias offrirait des avantages stratégiques majeurs. Les deux entreprises sont complémentaires : Belfius excelle dans la banque, Ethias dans l’assurance. Ce rapprochement permettrait des économies d’échelle et des synergies commerciales, comme la vente croisée de produits. Un acteur financier 100 % belge et renforcé pourrait ainsi émerger, consolidant son rôle en Europe.

Cependant, d’autres options sont sur la table. D’autres acteurs, tels qu’Ageas ou P&V, pourraient également acquérir Ethias. Certains envisagent même une introduction en bourse partielle pour maximiser la valorisation. Chaque scénario présente des opportunités mais aussi des risques.
Les défis à surmonter
Garantir l’emploi local est une préoccupation majeure. Si Belfius est choisi, cette garantie semble crédible, grâce à la complémentarité des activités. Mais une vente à un autre acteur pourrait menacer les emplois à Liège, siège historique d’Ethias.
De plus, la gestion publique de l’assureur pose question. Malgré les bénéfices réalisés depuis 2008, plusieurs études montrent que l’actionnariat public est souvent moins performant. Cela alimente les arguments en faveur d’une cession complète, particulièrement dans un contexte de crise budgétaire.
Une opportunité à saisir ?
La vente d’Ethias pourrait rapporter une somme importante, réduisant les dettes publiques et assurant la stabilité budgétaire des Régions. Toutefois, les risques d’une fusion ou d’une vente mal gérée restent présents. Les prochains mois seront décisifs pour sceller l’avenir de cet assureur belge emblématique.



Laisser un commentaire