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COMPRENDRE : Le Bundestag et les élections allemandes

COMPRENDRE, le format qui vous éclaire sur les notions et institutions qui rythment l’actualité. Le 23 février dernier, les Allemands ont participé à des élections législatives anticipées. Suite à la dissolution du Bundestag, l’échiquier politique est remanié, mais quels en sont les tenants et aboutissants ?

Le Bundestag

Élu par le peuple et siégeant à Berlin, le Bundestag constitue le Parlement allemand. Il exerce le pouvoir législatif. Ses 630 parlementaires ont pour missions le vote des lois, l’adoption du budget et le contrôle du travail gouvernemental. Son rôle est équivalent à celui de l’Assemblée nationale française. C’est via le Bundestag que le Bundeskanzler, le chancelier, est élu. Les élections ont lieu tous les quatre ans.

L’Allemagne, en tant que république fédérale, est composée de 16 Länder. Comparables à des cantons ou des régions, ces Länder disposent d’une forte autonomie et sont représentés au niveau fédéral par le Bundesrat. Composé de 69 députés, ce Conseil fédéral exerce également le pouvoir législatif.

Pour le Bundestag, le mode de scrutin est mixte, il s’agit d’un scrutin proportionnel personnalisé. Concrètement, les électeurs disposent de deux voix. La première, l’Erststimme, concerne le choix du représentant de la circonscription de l’électeur. Le candidat qui obtient le plus de voix (majorité simple) obtient un siège au Bundestag. Cette voix assure la représentation locale personnalisée dans chacune des 299 circonscriptions. La seconde voix, la Zweitstimme permet de voter pour la liste de régionale (Länder) d’un parti. Cette voix est cruciale, car elle définit le score obtenu par chaque parti et détermine le nombre de sièges qui leur seront attribués. Seuls les partis qui dépassent le seuil de 5 % des voix accèdent au Bundestag. 

S’il existe bien un président de la République allemande, la personnalité politique la plus puissante d’Allemagne est en réalité le chancelier ou la chancelière. Le président exerce avant tout une fonction représentative. Tenu à la neutralité politique et garant des institutions, il est chargé d’examiner chaque loi avant qu’elle ne soit promulguée. Depuis 2017, ce rôle est assumé par Frank-Walter Steinmeier, ancien ministre des affaires étrangères. Le chancelier, quant à lui, détient le pouvoir politique. En tant que chef du gouvernement, il fixe les grandes orientations de la politique et en assume la responsabilité. Il est également en charge de la diplomatie et de représenter l’Allemagne sur la scène internationale.

Partis et coalitions

Les sept principaux groupes parlementaires sont :

  • La SPD (les socio-démocrates) : Plus ancien parti, il se positionne à gauche ou au centre-gauche. Il s’est de nombreuses fois retrouvé au pouvoir. Olaf Scholz en est issu.
  • La CDU/CSU (les conservateurs) : Créé après la Seconde Guerre mondiale, c’est le grand parti de droite. Composé de la CDU (Union chrétienne-démocrate) et de sa « petite sœur », la CSU (Union chrétienne-sociale), qui est son pendant en Bavière. Angela Merkel en est issue.
  • Bündnis 90/Die Grünen (les Verts) : Formé après la réunification allemande, le parti est issu de la fusion entre deux groupes : L’Alliance 90 (Bündnis 90), militante des droits humains en RDA, et Les Verts (Die Grünen), parti écologiste, pacifiste et anti-nucléaire.
  • La FDP (les libéraux) : Créé en 1948, le parti de centre-droit prônant le néolibéralisme est un partenaire de coalition régulier du SPD et du CDU.
  • Die Linke (la gauche radicale) : Fondée en 2007, Die Linke se positionne à gauche des Verts et du SPD sur l’échiquier politique.
  • La BSW, l’alliance Sahra Wagenknecht (la gauche nationaliste) : Issue du groupe « die Linke », Sahra Wagenknecht annonce lancer son nouveau parti en janvier 2024. La BSW prône une gauche nationaliste et anti-immigration avec une orientation internationale pro-Russie
  • L’AfD (l’extrême droite) : Parti eurosceptique et ouvertement anti-immigration fondé en 2013, l’AfD entre au Bundestag à l’issue des élections de 2017.

A l’instar de la Belgique, l’Allemagne cultive une culture de la coalition, rendue quasiment inévitable par le mode de scrutin. Jusqu’en 2005, les coalitions étaient, dans la majorité des cas, formées par deux partis. Depuis l’effritement des partis traditionnels et l’émergence de l’AfD, cette combinaison bipartite est moins aisée. En 2021, c’est une coalition tripartite que forme Olaf Scholz. Celle-ci, composée des sociaux-démocrates, des verts et des libéraux, a récemment implosé, laissant le chancelier aux rênes d’un gouvernement minoritaire.

Élections législatives anticipées

Le 6 novembre 2024, Olaf Scholz fait éclater sa coalition surnommée “feu tricolore”. En limogeant le ministre des Finances Christian Lindner sur fond de désaccord budgétaire, le chancelier perd l’appui du FDP, le parti libéral. Suite à cette perte de majorité, Scholz pose la question de confiance au Bundestag le 16 décembre. Il récolte 207 voix sur les 367 nécessaires, la confiance est perdue. Frank-Walter Steinmeier, le président de la République, dissout l’Assemblée le 27 décembre et fixe les élections législatives anticipées au 23 février.

Les résultats de ces élections montrent une Allemagne inquiète et fragmentée. Les préoccupations économiques et sécuritaires, toujours plus fortes, se traduisent dans les urnes. Le parti conservateur CDU/CSU ressort vainqueur, porté par l’ultra-libéral Friedrich Merz. Longtemps éclipsé par Angela Merkel, il accède finalement à la présidence du CDU en 2021 et réaffirme résolument l’ancrage à droite du parti. Décrit comme impulsif et exigeant, il entend relancer le business model allemand ainsi que le moteur européen.

Le fait marquant de ces élections est assurément le score réalisé par le parti d’extrême droite, l’AfD. Celui-ci dépasse le SDP de Scholz et devient la deuxième force du pays avec près de 21% des voix. C’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale qu’une formation d’extrême droite obtient des résultats si élevés. Le parti porté par Alice Weidel, est arrivé en tête dans l’ensemble des Länder d’Allemagne de l’Est. Ce qui s’explique par un contexte historique et de fortes disparités économiques. Toutefois, la progression de l’AfD ne se limite pas à l’est et témoigne d’un réel séisme politique qui touche l’ensemble de l’Europe.

Le CDU ne souhaite pas s’allier avec l’AfD et formera probablement une coalition avec les sociaux-démocrates. Bâtir un gouvernement à la majorité stable est une priorité pour l’Allemagne. Le pays traverse une crise économique, sécuritaire et identitaire qui ébranle ses fondations. La récente paralysie législative a affaibli le colosse européen dont les chevilles se révèlent bien fragiles. Reste à déterminer si la politique conservatrice et ultra-libérale de Merz saura redresser le pays, et ce, au prix de quelles concessions.

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