Le Street Art : l’art qui dénonce, décore et vend
Le street art est l’un des mouvements artistiques les plus visibles au quotidien. Il suffit de se promener dans la rue, de boire un verre à une terrasse ou même de se rendre au travail pour l’apercevoir. Il transforme les rues en un véritable musée à ciel ouvert tout en offrant une voix aux artistes qui s’expriment à l’aide de bombes de peinture et de pochoirs. Le street art et ses artistes nous aident à redéfinir notre relation avec la ville et notre environnement. Dans cet article, nous explorerons les différentes fonctions du street art.
Mais commençons d’abord par son histoire !
Tout débute aux États-Unis dans les années 60, lorsque l’art urbain tire ses racines des graffitis liés au hip-hop et aux mouvements sociaux de l’époque. Les premiers tags sont apparus à Philadelphie, principalement signés par deux artistes majeurs de l’époque : Cornbread et Cool Earl. Ces deux graffeurs ont initié le premier mouvement d’art de rue, appelé graffiti writing. Cornbread a commencé en écrivant des déclarations d’amour sur les murs de son école à l’attention de son coup de foudre. Il est rapidement devenu célèbre comme le premier graffeur moderne au monde.
Le mouvement s’est ensuite étendu à New York avec l’apparition d’autres grands graffeurs comme Taki 183 ou Blade One. Ces artistes, loin de manquer d’imagination, taguaient des surfaces aussi diverses qu’une porte, un mur, une rame de métro ou un banc. Ils utilisaient leurs œuvres pour transmettre des messages aux New-Yorkais. En 1980, le maire de New York interdit les graffitis dans toute la ville. Mais cela n’a pas découragé deux artistes émergents, aujourd’hui mondialement connus : Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Ils se sont emparés des rues de New York pour y peindre des fresques au ton contestataire. Peu après, des artistes français comme Jérôme Mesnager, Gérard Zlotykamien ou Jef Aérosol ont recouvert Paris de leurs œuvres.
Le mouvement a continué à se développer, jusqu’à devenir aujourd’hui une forme d’art si évoluée qu’il est difficile de la définir. Par exemple, une publicité Coca-Cola peinte à la bombe au milieu d’un trottoir est-elle du street art ? Vaut-elle autant qu’une fresque de Tintin sur un mur à Bruxelles ? Et transmet-elle le même message qu’un pochoir dénonçant les guerres au Moyen-Orient ?
L’art urbain peut avoir tellement de significations différentes qu’il est facile de s’y perdre…
Le street art : un art pour faire passer un message fort
Depuis ses débuts, le street art a pour objectif de diffuser des messages à travers le monde. D’un simple graffiti en zone de guerre à une fresque de Banksy dans une grande ville, ces œuvres dénoncent des problèmes politiques, sociaux, environnementaux et culturels. Les artistes ne mâchent pas leurs mots : ils veulent choquer, interpeller et avertir les passants. La rue n’est pas choisie au hasard ; elle est le lieu le plus accessible, transformant ainsi l’art urbain en une galerie à ciel ouvert.
Le graffeur le plus connu est sans aucun doute Banksy. Depuis plus de 10 ans, cet artiste critique les dérives de notre société et prône la paix à travers ses œuvres. Dans sa fresque la plus célèbre, La Petite Fille au Ballon, il évoque la perte de l’innocence face aux dures réalités de la vie, accompagnée du message « There is always hope » (« Il y a toujours de l’espoir »). Dans une autre fresque représentant un policier lançant un bouquet de fleurs, il montre que l’on peut protester pacifiquement, sans violence.

Le street art donne également une voix aux communautés marginalisées. Jean-Michel Basquiat, par exemple, a souvent dénoncé le racisme et l’oppression subis par les Noirs à New York. Il a fréquemment mis en scène des boxeurs comme Joe Louis et Muhammad Ali pour symboliser la force et le courage face à l’adversité.
Les œuvres d’art urbain, souvent éphémères, renforcent leur message par leur caractère temporaire : elles peuvent être effacées, remplacées ou recouvertes à tout moment.
L’émergence du tourisme grâce au street art
Aujourd’hui, certaines œuvres dans la rue ne visent plus à faire passer un message fort, mais simplement à décorer. De nombreuses villes ont investi dans l’art urbain pour développer leur tourisme ou rendre leurs rues plus agréables. Cette facette du street art, moins provocante, met davantage en avant la culture locale.
Bruxelles est un exemple de ville qui a utilisé le street art pour embellir ses rues. Des artistes belges et internationaux y ont peint des fresques. La ville a lancé des initiatives telles que Bruegel meets street art, un parcours à travers les Marolles, avec de grandes fresques réinterprétant les tableaux célèbres de Bruegel. D’autres projets similaires ont vu le jour dans les gares, stations de métro, tunnels, etc.
Berlin est une autre ville qui a misé sur l’art urbain pour développer son tourisme, notamment en transformant les restes du mur de Berlin en galeries d’art à ciel ouvert. L’East Side Gallery est l’un des tronçons les plus connus, attirant des millions de visiteurs chaque année.

Le street marketing : l’art au service de la publicité
Le street marketing utilise les techniques du street art pour vendre. Ce moyen de communication, autrefois réservé aux petites entreprises, a aujourd’hui séduit de grandes marques. Ces dernières reprennent les codes du street art pour promouvoir des produits de manière créative et peu coûteuse, en jouant sur les émotions des passants.
Paris a beaucoup utilisé le street marketing pour promouvoir les Jeux olympiques de 2024. Des fresques imitant des installations sportives ont été créées dans toute la capitale, ainsi que des peintures murales représentant des athlètes et des scènes sportives.
Le street art est donc un art aussi diversifié que complexe, mais ô combien passionnant. Accessible à tous, il suffit de lever les yeux pour découvrir un graffiti, une fresque contre la guerre à Gaza ou encore un tag annonçant l’ouverture d’un nouveau McDo.


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