Fabian, 11 ans, tué par la police : Bruxelles se rassemble, exige justice et vérité
Bruxelles, 5 juin 2025 – Trois jours après la mort tragique de Fabian, 11 ans, percuté par une voiture de police dans le parc Elisabeth, plusieurs centaines de personnes se sont réunies ce jeudi en son hommage. À l’endroit exact où le jeune garçon a perdu la vie, un cercle de fleurs, de bougies, de peluches et de jouets a pris forme, comme un dernier cocon d’amour autour de celui dont la vie a été brutalement fauchée.
Une cérémonie d’adieu
À 13h, le silence s’est installé, brisé uniquement par les voix vibrantes des proches, des parents, mais aussi d’activistes, de riverain·es et de représentant·es de la Ligue des droits humains. Dans un climat de dignité, mais aussi de colère sourde, la parole s’est libérée. Car derrière la tragédie personnelle se dessine un drame collectif, une violence institutionnelle dénoncée par toutes les personnes présentes.

« Quand les hooligans sont venus, il n’y avait pas un seul flic. On les a appelés des dizaines de fois. Mais pour un enfant de 11 ans, ils foncent à toute vitesse dans un parc. Ils se croient dans un western, ces cowboys. »
Les faits sont glaçants. Le lundi 2 juin, alors qu’il circulait en trottinette dans le parc Elisabeth, Fabian est pris en chasse par une voiture de police. Selon les témoins, le véhicule aurait foncé à toute allure, sans gyrophare ni sirène, traversant la pelouse et percutant violemment l’enfant. Certains affirment que la voiture aurait même « décollé » tant elle allait vite. Les deux agents présents lui aurait roulé dessus avant tenter de le sauver, mais il était déjà trop tard.
Un récit officiel qui vacille
La police et le parquet parlent d’une « course-poursuite » à la suite d’un refus de contrôle. Une version immédiatement contestée par la famille et plusieurs témoins. Fabian n’aurait fait que fuir, paniqué, pour rejoindre son grand frère, propriétaire de la trottinette. Aucun délit, aucune arme, aucun danger. Juste un enfant de 11 ans, qui allait passer son CEB, et qui aimait jouer à la PlayStation.

« Il était tout le temps à la maison, raconte son cousin Younes. Ce jour-là, il a voulu faire un petit tour dehors, et il n’est jamais revenu. »
Le bourgmestre de Ganshoren, Jean-Paul Van Laethem (Les Engagés), met les policiers et la famille sur le même plan : « Mes pensées vont à la famille du garçon… et aux policiers, sous le choc. » Comme si l’émotion de ceux qui tuent avait la même valeur que la douleur de ceux qui perdent un enfant.
Des témoins directs de la scène dénoncent non seulement la vitesse excessive du véhicule, mais aussi l’absence totale de justification à une telle intervention. Selon eux, les policiers auraient empêché des passant·es de filmer, allant jusqu’à exiger que les témoignages soient « donnés à la police, pas aux médias »
Un rassemblement digne, une colère collective
Au cœur du parc, c’est la solidarité bruxelloise qui s’est exprimée, dans toute sa diversité. Des voisin·es, des militant·es, des familles sont venu·es dire adieu à Fabian, mais aussi réclamer justice. Le cortège s’est brièvement figé lorsque le corps du petit garçon a quitté les lieux à 13h10, en direction de la Roumanie, où il sera inhumé.
Les discours se sont succédé, portés par une même volonté : ne pas laisser cette affaire être étouffée. Beaucoup ont dénoncé le silence politique, l’absence d’élus, le racisme systémique et la violence récurrente de la police, en particulier dans les quartiers populaires.

« Le racisme est là depuis la nuit des temps. Il est temps d’en finir avec ce système oppressif. La justice doit être faite. Les policiers responsables doivent répondre de leurs actes. »
Une question de justice, pas d’accident
La mort de Fabian ne peut être réduite à un « accident ». La disproportion de l’intervention policière est manifeste. Une voiture de patrouille fonçant à travers un parc pour contrôler un enfant sur une trottinette : est-ce vraiment ce que notre société accepte au nom de la sécurité ? Ce drame survient dans un contexte où le parc Elisabeth a été classé « hotspot » dans le cadre de la « guerre contre la drogue », déclenchant une intensification des opérations policières, souvent brutales.
« Cela fait des années qu’on dénonce les comportements dangereux de la police dans le parc », rappelle un riverain. « Depuis que c’est un hotspot, c’est devenu invivable. »
Plus jamais ça
Dans le chagrin, la colère et la dignité, Bruxelles a montré un visage fort ce 5 juin. Le nom de Fabian résonne désormais comme celui d’une injustice de trop, comme un nouveau nom ajouté à la longue liste des victimes de la police. Mais aussi comme un appel à la mobilisation, pour que plus aucun enfant ne perde la vie entre les mains de celles et ceux censés protéger.

Justice pour Fabian. Vérité pour sa famille. Respect pour les vies.



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