RANST : Le cordon sanitaire a-t-il réellement été rompu ?
Écrit par Tanguy Cloetens
Pour la première fois de son histoire, le cordon sanitaire qui tenait l’extrême droite à l’écart de toute majorité en Flandre et plus généralement en Belgique a été fortement amoché. En effet, le Vlaams Belang accède au pouvoir communal en entrant dans une coalition majoritaire à Ranst (province d’Anvers), ce qui est différent de la situation à Ninove où le parti avait obtenu une majorité absolue. Mais comment se fait-il qu’une protection vieille de plus de 40 ans ait pu se briser ? Quelles conséquences cet affaiblissement du cordon aura sur la Flandre ?
Suite aux résultats des élections communales, les deux listes locales PIT et Vrije Ranst qui ont obtenu respectivement 9 et 3 sièges ont tendu la main au Vlaams Belang (3 sièges) alors que deux majorités alternatives étaient possible, une avec le parti écologiste Groen (3 sièges) et l’autre avec la N-VA (7 sièges).
« Avec Vrij Ranst, nous sommes rapidement tombés d’accord, car nos programmes sont en grande partie les mêmes. Cependant, pour obtenir une majorité, nous avions besoin d’un troisième partenaire. Il y avait trop de divergences de fond avec Groen. La N-VA ne s’est pas montrée disposée à poursuivre les négociations. Le Vlaams Belang, quant à lui, a adopté une attitude constructive, ce qui a finalement abouti à un accord. » Tels sont les propos de Bart Goris, tête de liste PIT. Il est tout de même surprenant de constater que les divergences sur le fond semblent plus importantes avec un parti démocratique qu’avec un parti extrémiste
Ce cordon, rompu ou pas rompu ?
Les avis divergent. Il faut savoir que juste après l’annonce de majorité, les membres de la liste communale PIT qui étaient issus du CD&V et de l’open-vld, c’est-à-dire de partis traditionnels pour lesquels le cordon sanitaire est d’application, ont été immédiatement exclus de leurs partis. Eva de Bleeker, présidente de l’open-vld et Sammy Mahdi, président du CD&V ont déclaré qu’une collaboration avec un parti extrémiste qui ne respecte pas les droits de l’Homme était inacceptable. De plus, toujours selon le leader des chrétiens-démocrates, le cordon sanitaire n’a pas été entaillé, car les membres des partis traditionnels se sont immédiatement vu retirer leur carte de membre en raison de leur collaboration avec un parti xénophobe et antidémocratique. Cependant, cette déclaration peut sembler simpliste, car au moment de l’accord, ces membres appartenaient encore aux partis traditionnels. En tout cas, la tête de liste locale du parti xénophobe, Christel Engelen s’est quant-à-elle félicitée d’avoir rompu le cordon sanitaire…
Quelle suite pour la Flandre ?
Cet épisode semble avoir renforcé le cordon sanitaire pour les partis traditionnels, mais pour les listes locales, l’avenir reste incertain. Comme le souligne Laura Jacobs, politologue à l’Université d’Anvers (UAntwerpen), le premier obstacle a été levé avec la rupture du cordon sanitaire. Cela pourrait inciter d’autres listes locales à suivre cet exemple, car elles n’auront plus à porter le fardeau d’être les premières à franchir cette ligne.
Tel une fine lame, la banalisation de l’extrême droite et de ses idées continue de tailler le cordon sanitaire, qui ne tient plus qu’à quelques fils. L’avenir de la politique flamande dépendra de la capacité des partis traditionnels et des nombreuses listes locales à contrer cette tendance et à préserver les valeurs démocratiques.



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