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8 mars, droits des femmes… Pourquoi faut-il continuer à lutter ?

Chaque année, le 8 mars revient comme un rappel. Un rappel que les droits des femmes ne sont pas acquis une fois pour toutes, qu’ils se gagnent, se défendent, et parfois se perdent. Autopsie d’un combat qui n’est pas terminé.

On aurait tort de croire que l’Europe occidentale a toujours ouvert la voie. Le droit de vote des femmes par exemple:  en France, il n’a été accordé qu’en 1944 — soit près d’un siècle après l’instauration du suffrage universel masculin, en 1848. 

En Belgique voisine, le chemin fut tout aussi long et semé de paradoxes. Dès 1888, l’affaire Popelin se fait l’origine du féminisme belge : Marie Popelin, première femme à avoir fait des études de droit, s’était vu refuser l’accès au barreau en raison de son genre. 31 ans plus tard, en 1919, une loi accorda le droit de vote aux seules veuves de guerre et aux femmes emprisonnées pour faits de résistance — des exceptions révélatrices des calculs patriotiques qui guidaient les débats. En 1920, le droit de vote aux élections communales fut étendu à toutes les femmes, avec une précision savoureuse dans sa brutalité : en étaient explicitement exclues « les prostituées et les femmes adultères ». Il fallut attendre le 27 mars 1948 — soit quatre ans de plus qu’en France — pour que toutes les Belges obtiennent enfin le droit de vote.

Ces histoires, loin d’être de simples anecdotes , disent quelque chose de fondamental : rien n’a été donné. Et ce que l’on croit acquis peut toujours être remis en question. En mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement le droit à l’IVG dans sa Constitution — une avancée qui, paradoxalement, rappelle combien ce droit restait fragile.

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L’IVG en Europe : des inégalités qui persistent

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C’est justement sur la question de l’avortement que les fractures européennes sont les plus visibles. Au sein même de l’UE, l’accès à l’IVG change complètement selon le pays où l’on naît. En Pologne, la législation ne permet l’avortement qu’en cas de danger pour la vie de la mère ou de viol. Conséquence directe: seules 896 IVG légales ont été réalisées dans ce pays de 38 millions d’habitants en 2024. Des milliers de femmes polonaises sont contraintes de traverser la frontière — vers la République tchèque, les Pays-Bas ou le Royaume-Uni .

À Malte, l’avortement n’est autorisé que lorsque la vie de la femme est en danger immédiat et que le fœtus est condamné. En Italie, Selon un rapport du ministère de la santé, près de 70 % des gynécologues se déclarent objecteurs de conscience — rendant le droit légalement existant, mais l’accès réel quasiment impossible dans certaines régions. En Hongrie, une loi de 2022 oblige les femmes souhaitant avorter à écouter les battements de cœur du fœtus avant toute procédure.

Au total, selon les estimations de la campagne citoyenne My Voice, My Choice, plus de 20 millions de femmes dans l’UE n’ont pas accès à un avortement sûr et légal. 

Dans le monde, des droits sous pression constante

Le tableau européen, déjà contrasté, doit être replacé dans une réalité mondiale bien plus dure. Selon un rapport du Sénat français publié début 2024, environ 41 % des femmes en âge de procréer — soit près de 700 millions de personnes — vivent dans des pays où la législation sur l’avortement est restrictive ou prohibitive.

Mais réduire les droits des femmes à la seule question de l’IVG serait une erreur. C’est l’ensemble des droits fondamentaux qui reste sous pression dans de nombreuses régions : droit à l’éducation, à la mobilité, au mariage choisi, à la participation politique. En Afghanistan, depuis le retour des Taliban en 2021, les femmes sont exclues de l’enseignement secondaire et supérieur, interdites d’emploi dans la plupart des secteurs publics, et tenues d’être accompagnées d’un tuteur masculin pour tout déplacement. Une situation que l’ONU qualifie d’apartheid de genre — la seule au monde à reposer explicitement sur le sexe.


Sources : Center for reproductive rights, Focus 2030

Le viol comme arme de guerre : une réalité qui perdure

Parmi les violations des droits des femmes, l’une des moins visibles dans l’espace public demeure l’utilisation du viol comme stratégie militaire délibérée. 

Selon un rapport de l’ONU publié en 2025, plus de 4 600 survivants de violences sexuelles à des fins guerrières ont été recensés dans le monde en 2024 — une hausse de 25 % par rapport à l’année précédente. Plus de neuf victimes sur dix sont des femmes. Ces chiffres sont largement sous-estimés : la peur des représailles, la stigmatisation sociale et l’accès limité aux soins font que la grande majorité des cas ne sont jamais signalés.

La République démocratique du Congo, le Soudan, Haïti, la Somalie ou encore l’Ukraine figurent parmi les zones les plus touchées. En Ukraine, l’ONU a documenté le recours à la violence sexuelle comme stratégie délibérée des forces russes.

Ces pratiques soulèvent aussi un constat sous-jacent: l’impunité reste la règle. Les auteurs sont rarement jugés. Les victimes, souvent rejetées par leur famille et leur communauté, portent seules le poids de crimes qui sont pourtant des affaires d’État.

Pourquoi continuer à lutter ?

Parce que chaque droit conquis peut être remis en cause. Parce que le droit de vote des femmes françaises n’a que 80 ans. Parce que le droit à l’avortement était légal aux États-Unis depuis 1973, avant que la Cour suprême ne l’abolisse en 2022. Parce qu’en Europe même, des gouvernements conservateurs remettent en question des acquis que l’on croyait inamovibles.

Le 8 mars n’est pas une fête. C’est une journée de mobilisation, héritière de plusieurs siècles de combats. Et le combat, lui, n’est pas terminé.

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