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EXPO : When We See Us, la joie panafricaine au BOZAR

Après Love is Louder, le BOZAR revient en force avec sa nouvelle exposition When We See Us : Un siècle de peinture figurative panafricaine. Dans un tout autre registre que la précédente, cette exposition nous présente un siècle de peinture figurative sous le prisme de la joie. Initialement produite par le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa (Le Cap), When We See Us est exposée à Bruxelles jusqu’au 10 août 2025.

Une exposition qui change de perspective

Le titre de l’exposition est tiré de la mini-série Netflix When They See Us (Dans leurs regards, 2019) créée, écrite et réalisée par Ava DuVernay. Elle aborde les failles du système judiciaire américain à travers l’affaire des Central Park Five, qui a vu cinq jeunes Noirs injustement accusés du viol d’une joggeuse en 1989. En remplaçant le « They » par un « We », l’exposition opère un changement de perspective radical, plaçant l’autoreprésentation au centre du propos.

Avec plus de 150 œuvres réalisées par 120 artistes du monde entier, dont beaucoup n’ont jamais été exposées en Belgique, When We See Us offre une exploration puissante de la condition noire à travers l’art. Les artistes présentent leurs propres visions du corps humain et de son rôle dans la société, dans un parcours immersif enrichi par une composition sonore de Neo Muyanga. Le compositeur sud-africain a conçu une bande-son qui nous accompagne à travers les œuvres.

L’exposition n’a pas opté pour une approche chronologique ou géographique. Elle a organisé ses œuvres selon une dynamique thématique, mettant en lumière la résilience, l’essence et la charge politique de la Black Joy. When We See Us se veut l’incarnation du « pouvoir de la joie » en nous offrant une nouvelle expérience en abordant une perspective trop peu abordée et célébrant la vitalité et la dignité.

« Cette exposition refuse de mettre la douleur et l’injustice au premier plan. Au contraire, nous pensons que l’expérience noire peut aussi être vue à travers le prisme de la joie. En célébrant la manière dont les artistes d’Afrique et de sa diaspora ont imaginé, mémorisé et affirmé les expériences africaines et afro-descendantes, l’exposition contribue au discours critique sur la libération africaine et noire. »

Koyo Kouoh et Tandazani Dhlakama (commissaires de l’exposition)

Six chapitres pour une vision globale

L’exposition s’articule autour de six chapitres distincts : Le quotidien, Repos, Triomphe et émancipation, Sensualité, Spiritualité et Joie et allégresse.

Le quotidien

L’exposition débute avec la représentation de la vie de tous les jours : une conversation, un repas en famille, un moment de solitude ou encore le travail agricole. Des scènes banales sublimées par les artistes. Parmi eux la jeune artiste Zandile Tshabalala et son tableau The Conversation, qui dépeint la solitude d’une jeune femme sur sa terrasse. Elle pose avec beaucoup d’assurance, son regard posé sur nous et avec une posture détendue, les jambes repliées assise sur son siège de jardin blanc. L’artiste, en lui apportant cette assurance, remet en question le rôle marginal des femmes noires dans l’histoire de l’art occidental, leur donnant pouvoir et dignité.

The Conversation de Zandile Tshabalala © Garance Bribosia

Un autre portrait marquant, The Reader de William H. Johnson, représente une femme absorbée par son livre, assise sur sa chaise en bois. L’artiste fusionne réalisme, expressionnisme et folklore en puisant dans ses voyages pour offrir une vision personnelle et historique de la culture noire.

The Reader de William H. Johnson © Garance Bribosia

Repos

Dans le repos, nous reconnaissons le calme, la sérénité, la tranquillité et la paix. Les artistes de cette partie ont peint des personnages en paix avec eux-mêmes et surtout fiers. Ils ne sont pas passifs, mais affirmés, ancrés dans leur monde. C’est le cas du couple du tableau de Zéh Palito, Que Se Chama Amor (Qui s’appelle Amour). En tenue rose fuchsia et posant devant une Cadillac jaune, ils nous regardent avec fierté, fiers de leur amour.

Que Se Chama Amor de Zéh Palito © Garance Bribosia

Le tableau Untitled (Yellow Car) de Gideon Appah offre une atmosphère différente : un homme assis sur une voiture, cigarette en bouche, le regard fuyant. L’artiste joue sur la matière et la texture pour créer une ambiance contemplative inspirée de Van Gogh.

Untitled (Yellow Car) de Gideon Appah © Garance Bribosia

Les personnages ne sont pas toujours droits et fiers ; certains tableaux les montrent détendus, allongés, à l’aise. C’est le cas de Constant III de Sungi Mlengeya, où l’artiste tanzanienne joue avec les espaces négatifs pour exprimer l’émancipation et l’affirmation de soi à travers une intimité minimaliste.

Constant III de Sungi Mlengeya © Garance Bribosia

Triomphe et émancipation  

Ce chapitre met en scène des moments de victoire et de liberté. Le tableau Obama Revolution de l’artiste Chéri Cherin illustre avec force l’élection du premier président américain noir, Barack Obama. L’artiste souligne la réussite et la symbolique politique de cet événement historique.

Obama Revolution de Chéri Cherin © Garance Bribosia

Sensualité

La sensualité est ici déclinée sous plusieurs formes : dans l’intimité des couples, dans le plaisir du corps, ou encore dans les actes de communion. Maxwell Alexandre, dans son œuvre nommée Sans titre (Golden Shower /Pardo é papel), a utilisé une grande feuille de papier brun, rappelant les nombreuses couleurs de la peau ainsi que les méthodes discriminatoires coloristes ou racistes historiques de classification des personnes.

Sans titre (Golden Shower /Pardo é papel) de Maxwell Alexandre © Garance Bribosia

La sensualité s’exprime aussi à travers le couple, souvent représenté dans ce chapitre. Dans Bellyphat de Tschabalala Self, deux figures s’enlacent, l’une posant sa main sur le ventre rond de l’autre. En mêlant peinture et techniques mixtes, l’artiste défie les normes et propose des corps féminins noirs multidimensionnels, libérés des représentations réductrices.

Bellyphat de Tschabalala Self © Garance Bribosia

Spiritualité

La spiritualité, omniprésente dans le quotidien, trouve ici sa place à travers des représentations du baptême, de la mort et des rites collectifs. Dans l’œuvre Baptism: Spiritual Healing in the Sea (Le baptême: La guérison spirituelle dans la mer) de Sthembiso Sibisi, nous assistons à un baptême adulte en mer, symbole de la renaissance suite au lavement de toutes les anciennes habitudes.

Baptism: Spiritual Healing in the Sea (Le baptême: La guérison spirituelle dans la mer) de Sthembiso Sibisi © Garance Bribosia

La mort est également explorée dans ce chapitre, notamment à travers Sans Titre (Corbillard des pauvres) d’Emma Pap’. Au centre de l’œuvre repose un défunt, tandis qu’un homme se tient au-dessus de lui, les bras en croix. Tout autour, une foule venue assister au service funéraire.

Sans Titre (Corbillard des pauvres) d’Emma Pap’ © Garance Bribosia

Joie et allégresse

Cette dernière partie met en scène les festivités à travers carnavals, mariages et concerts, mais aussi des moments plus intimes. The Card Game de Jacob Lawrence, inspiré du mouvement Harlem Renaissance, capture un moment de convivialité entre quatre femmes jouant aux cartes.

The Card Game de Jacob Lawrence © Garance Bribosia

En contraste, Live dans les sous-sols du Rex de Chéri Samba illustre une scène de danse et de musique jazz, représentant la vitalité de Kinshasa. La joie les relie, mais l’allégresse se ressent davantage dans ce deuxième tableau.

Live dans les sous-sols du Rex de Chéri Samba © Garance Bribosia

Le mot de la fin

Après des siècles de domination par le canon artistique blanc, les artistes noirs ont écrit et écrivent encore leur propre histoire de l’art. When We See Us est une ode à la richesse de l’expérience noire, loin des prismes de la souffrance habituelle. Un rendez-vous incontournable, à découvrir jusqu’au 10 août 2025.

Info pratique

Dates : 7 février → 10 août 2025

Tickets : 18 € / 9 €

Adresse : Bozar – Rue Ravensteinstraat 23, 1000 Bruxelles

Horaires : Mardi > Dimanche, 10h > 18h (Fermé : Lundi)

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