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Laissez-moi vous parler de Sabine Amiyeme

Imaginez vous : cela fait maintenant 13 années que vous êtes installée en Belgique. Vous vous êtes insérée dans la société. Vous avez deux entreprises, un salon de coiffure ainsi qu’un restaurant. Vos enfants sont scolarisés dans ce même pays. Puis un jour, c’est le drame. Ce même Etat dans lequel vous avez construit toute votre vie vous menace de vous expulser et de vous renvoyer dans un pays qui n’est plus le vôtre.

Cette histoire totalement injuste est celle de Sabine Amiyeme. Arrêtée dans son restaurant à Liège le 2 octobre, elle est depuis cette date retenue au centre fermé pour femmes de Holsbeek. La femme d’origine camerounaise a subi une première tentative d’expulsion vers son pays natal. Elle n’a pas accepté son rapatriement et a été reconduite au centre fermé. Le 30 octobre dernier, la chambre du conseil de Liège rejète sa demande de libération. La défense de la prévenue a depuis interjeté un appel.

Pourquoi ce renvoi ?

Sabine crée de l’emploi, participe à l’économie locale, paye des taxes et des cotisations sociales… Malgré tout cela, elle n’a jamais réussi à obtenir les papiers. Le Ciré (Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Etrangers) dénonce la situation. Pour eux, la complexité des procédures de la politique belge de retour est problématique.

Toujours selon le Ciré, la situation de Sabine Amiyeme est le résultat de la politique belge de retour mise en place depuis plusieurs années. « Notre plus grande critique, c’est l’opacité des procédures lorsqu’il s’agit de régularisation. Il demeure une absence de critères clairs« , déclare la directrice Sotieta Ngo.

Lorsque la demande de régularisation d’une personne se voit refusée, celle-ci reçoit un ordre de quitter le territoire. « Il y a également une opacité quant aux profils qui se font arrêter et qui sont ensuite placés en centre fermé. », déclare l’organisation.

Qui d’autre prend sa défense ?

« Le seul “délit” commis par Sabine, c’est d’avoir énormément travaillé et d’avoir réussi à créer son entreprise, à donner du travail à deux personnes. Et maintenant, tout ce que cette guerrière a construit risque de disparaître… » indique Rosine Mbakam, réalisatrice du film Chez jolie coiffure dans lequel elle avait fait de Sabine Amiyeme le personnage principal de son œuvre. La réalisatrice n’est pas une figure inconnue. Diplômée de l’INSAS, elle est reconnue pour son engagement à travers le cinéma, souvent au service des femmes et des communautés marginalisées. Son dernier film, Mambar Pierrette, a été sélectionné au prestigieux Festival de Cannes, confirmant son talent sur la scène internationale. Très touchée par la situation de Sabine Amiyeme, elle lui apporte un soutien quotidien. « Je l’appelle tous les matins » confie-t-elle.

Il y a également eu plusieurs rassemblements devant le palais de justice de Liège pour demander la libération de Sabine. En complément, un comité de soutien a lancé une pétition ayant déjà récolté plus de 3700 signatures.

Malgré ce soutien ainsi qu’une présence médiatique satisfaisante, cette affaire peine à faire du bruit. Aucune personnalité politique n’a dénoncé cette injustice. Même constats sur les réseaux sociaux où très peu de résultats s’affichent quand on tape le nom Sabine Amiyeme dans la barre de recherche. Elle risque donc d’être expulser de Belgique, son pays de Cœur, dans les jours ou semaines à venir. Tout cela dans la quasi indifférence la plus totale.

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