République Démocratique du Congo : Le M23 et son histoire.
On pourrait penser que le conflit à l’Est de la République Démocratique du Congo qui oppose le M23 et le gouvernement congolais a commencé avec la première guerre du Congo. Mais d’après les spécialistes de cette région, ce conflit remonte à plusieurs années. Voyons ensemble la genèse de ce conflit.
Tout d’abord qu’est-ce que le M23 ?
Le mouvement du 23 mars, également appelé M23 est un mouvement militaire. Ils sont coordonnés par le colonel Sultani Makenga qui s’occupe surtout de la partie militaire mais il tire également les ficelles au niveau politique depuis que lui et ses hommes ont renversé Bishop Runiga qui était le leader politique du mouvement à ses débuts. M23 est né le 6 mai 2012 à Rutshuru, le territoire de la province du Nord-Kivu en République Démocratique du Congo. Ce mouvement revendique les accords signés le 23 mars 2009 avec le gouvernement congolais, qui stipulait, dans les grandes lignes, qu’il y aurait une libération de prisonniers détenus par le gouvernement congolais, le retour des réfugiés se trouvant dans les pays limitrophes de la RDC et plusieurs autres points très importants.. Ils prétendent avoir été biaisés et que les engagements n’auraient jamais été respectés. Selon eux, ils se disent avoir été obligés de prendre les armes..
Genèse
En 1910, le roi des Belges cède le Congo au royaume de Belgique. Plus tard, avec la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, la Belgique prend également le contrôle du Burundi et du Rwanda, anciennes colonies allemandes. Ayant besoin de main-d’œuvre pour exploiter les mines du Katanga, l’administration coloniale belge transfère alors des travailleurs burundais et rwandais vers le Congo, constituant ainsi la deuxième vague de migration rwandophone dans la région.
La troisième vague, quant à elle, arrive en 1959 avec les Banyarwanda, nom donné aux Rwandais fuyant les violences dirigées contre les Tutsi sous le régime de Grégoire Kayibanda. Beaucoup trouvent refuge au Congo, mais aussi au Burundi, en Ouganda et en Tanzanie.
Dès 1963, des tensions éclatent entre les Banyarwanda établis au Congo et les autres communautés autochtones du Nord-Kivu, menant à une première révolte. Lorsque Mobutu ( Patronyme complet : Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga qui signifie « Mobutu le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne puisse l’arrêter » ) prend le pouvoir en 1965, il tente d’apaiser la situation et de stabiliser le pays.
En 1966, souhaitant relancer le projet de construction du barrage d’Inga, un complexe hydroélectrique sur le fleuve Congo suspendu jusqu’alors, il charge ses conseillers de trouver une personne compétente pour s’occuper du dossier. On lui recommande alors Barthélemy Bisengimana, un jeune Tutsi réfugié de 1959, ingénieur civil formé à l’Université de Lovanium. Il est rapidement nommé conseiller à la présidence en charge du projet. L’année suivante, à la mort du directeur de cabinet du président, Mobutu choisit Bisengimana pour lui succéder. Comme le pays ne dispose pas de Premier ministre, ce dernier concentre entre ses mains une grande partie du pouvoir et commence à placer ses proches Tutsi à des postes stratégiques. En 1972, un décret présidentiel accorde la nationalité zaïroise à tous les Banyarwanda de 1959, ce qui pousse de nombreux jeunes Tutsi du Rwanda à traverser la frontière afin d’obtenir leur naturalisation.
En 1974, le processus de « zaïrianisation » de l’économie est lancé. Le bureau politique du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) décide alors que l’ensemble du secteur économique doit être contrôlé par des nationaux, et c’est Bisengimana, en tant que directeur de cabinet, qui supervise ce dossier. Il répartit les privilèges entre ses proches tutsi tout en veillant à s’assurer une part, ce qui provoque le mécontentement des figures influentes du MPR. Face à cette situation, ces derniers décident en 1977 que toutes les fonctions gouvernementales devront désormais être attribuées par élection.
Bisengimana sollicite alors Mobutu pour obtenir un territoire électoral réservé à la communauté Banyarwanda. Le président accède à sa demande et leur accorde le territoire de Masisi. Grâce à leur puissance financière, les Tutsi Banyarwanda parviennent à s’imposer et à occuper la majorité des postes clés dans le Nord-Kivu, ce qui aurait alimenté une certaine jalousie parmi les autres communautés locales.
«La nationalité douteuse»
La loi de 1982 retire la nationalité zaïroise aux rwandophones qui l’avaient obtenue grâce à la loi de 1972, entraînant dans la foulée le renvoi de Barthélemy Bisengimana. Même les Tutsi installés au Congo avant 1959 sont assimilés à des Rwandais et subissent des persécutions.
Profitant de la situation, le président rwandais Juvénal Habyarimana exploite ces tensions pour diviser les Hutu et les Tutsi du Congo, ce qui accentue les dissensions au sein de la communauté Banyarwanda. Lorsque la guerre éclate au Rwanda, de nombreux jeunes Tutsi congolais rejoignent les rangs du Front Patriotique Rwandais (FPR), qui finit par prendre le pouvoir en 1994. Parallèlement, un afflux massif de réfugiés Hutu se dirige vers le Zaïre. Parmi eux se trouvent d’anciens soldats des Forces Armées Rwandaises (FAR) ainsi que des membres des milices Interahamwe, principaux artisans du génocide. Installés dans des camps, notamment au Nord-Kivu, ils traversent la frontière avec leur arsenal militaire, persécutent les Tutsi congolais et mènent des attaques contre le Rwanda.
Face à cette menace, Paul Kagame réagit en ordonnant l’invasion du Zaïre pour démanteler les camps de réfugiés Hutu. Après son intervention, il laisse sur place les Banyamulenge, ses anciens alliés dans la lutte armée, qu’il équipe afin de fomenter une rébellion contre le maréchal Mobutu. Peu à peu, tous ceux opposés au régime de Mobutu rejoignent ce mouvement, suivant le principe selon lequel l’ennemi de mon ennemi peut devenir un allié. C’est ainsi que naît l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL).
La première guerre du Congo commence
(1996-1997)
À la tête de l’AFDL, Laurent-Désiré Kabila renverse le maréchal Mobutu grâce au soutien du Rwanda et devient président de la République Démocratique du Congo (RDC). Cependant, des divisions apparaissent rapidement au sein du mouvement, opposant deux camps : les Katangais, majoritairement hauts gradés dans l’armée, et les Banyamulenge.
À Kinshasa, des tensions éclatent, entraînant des massacres de Tutsi. Face à cette situation, ces derniers se retirent de l’AFDL et créent le Rassemblement des Congolais pour la Démocratie (RCD), dont l’objectif principal est de renverser Laurent-Désiré Kabila.
Pour faire face à cette nouvelle rébellion, Kabila met en place une contre-stratégie en regroupant à Kisangani d’anciens militaires Hutu rwandais. C’est ainsi que naissent les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), chargées de combattre le RCD.
La deuxième guerre du Congo éclate en 1998 et dure jusqu’en 2003. Ce conflit, souvent qualifié de « première guerre continentale africaine », implique plusieurs pays d’Afrique centrale. La rébellion est soutenue par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi, tandis que le gouvernement de Kabila reçoit l’appui de l’Angola, du Zimbabwe, de la Namibie et du Tchad. Cependant, seuls l’Angola et le Zimbabwe interviennent militairement.
Des tensions émergent entre le Rwanda et l’Ouganda, qui divergent sur la conduite à adopter face au conflit. Cette discorde entraîne une scission au sein du RCD, donnant naissance au RCD-Goma et au RCD-Mouvement de Libération (RCD-ML). De son côté, l’Ouganda soutient la création d’un troisième mouvement, le Mouvement de Libération du Congo (MLC), dirigé par Jean-Pierre Bemba.
Le pays se retrouve alors fragmenté en trois zones : l’une sous le contrôle du gouvernement et des Interahamwe, une autre dominée par le RCD et la troisième administrée par le MLC.
Sous la pression internationale, le dialogue inter-congolais est initié. Entre-temps, Laurent-Désiré Kabila est assassiné le 16 janvier 2001, et son fils Joseph Kabila lui succède.
Au début des discussions, la communauté Banyarwanda rédige un mémorandum qu’elle soumet au RCD, exposant l’ensemble de ses revendications. Parmi les principales figurent le retour des Banyarwanda congolais réfugiés au Rwanda, au Burundi et dans d’autres pays.
« Arrivés à Sun City, en Afrique du Sud, nos doléances ont été ignorées. Nos représentants ont uniquement négocié leur entrée au gouvernement », regrette un membre influent du M23. Finalement, un gouvernement de transition est mis en place avec Joseph Kabila comme président et quatre vice-présidents : Abdoulaye Yerodia Ndombasi (PPRD), Azarias Ruberwa (RCD), Jean-Pierre Bemba (MLC) et Arthur Z’ahidi Ngoma (opposition démocratique).
Peu après le retour des responsables politiques de Sun City, un massacre de Banyamulenge a lieu à Gatumba, au Burundi. Azarias Ruberwa se rend sur place pour les funérailles, mais au lieu de rentrer à Kinshasa, il rejoint Goma, où il annonce sa démission et reprend la lutte au sein de la rébellion. Il subit alors de fortes pressions, notamment sous la menace de poursuites par la Cour Pénale Internationale. Discrètement et sans en informer les cadres du RCD, il finit par retourner à Kinshasa.
La naissance du CNDP
Le RCD se fragmente. Le général Laurent Nkunda, alors commandant de la région militaire du Nord-Kivu au sein du RCD, fonde le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) et relance la lutte contre Joseph Kabila. Cependant, à la suite d’un accord entre Kabila et le Rwanda, Nkunda est capturé et transféré au Rwanda, ce qui met fin à son influence.
Le mouvement est alors repris par le général Bosco Ntaganda. « Ntaganda a trahi Laurent Nkunda », affirme un membre du M23. Finalement, des accords sont conclus le 23 mars 2009 entre Ntaganda et le gouvernement de Kabila à Goma. Toutefois, selon les insurgés du M23, ces engagements n’ont jamais été respectés par Kabila, ce qui conduit à la création du Mouvement du 23 Mars (M23).



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