×

Focus sur la résistance bruxelloise : la jeunesse antifasciste s’oppose à la normalisation de l’extrême droite

Bruxelles a fait front ce mercredi 13 novembre, rassemblant plus d’un millier de jeunes et de militants antifascistes contre la visite de Jordan Bardella. La venue du président du Rassemblement National a déclenché une vive mobilisation, marquant une fois de plus le refus catégorique de la jeunesse face aux idées haineuses de l’extrême droite. Fidèle à son esprit de résistance, Bruxelles a porté haut et fort les valeurs de solidarité et de lutte contre le fascisme.

Un cordon sanitaire bafoué

En Belgique, le cordon sanitaire est un principe politique fondamental qui vise à empêcher toute collaboration avec les partis d’extrême droite. Depuis 1989, ce principe a été largement respecté par les partis démocratiques, les institutions publiques et les médias. Il interdit formellement de former des coalitions gouvernementales avec ces partis ou de leur accorder une légitimité politique. Son objectif est de préserver la démocratie en excluant les forces extrémistes qui propagent la haine, la division, l’intolérance envers les droits humains et les principes d’égalité et de respect. Ce principe s’étend surtout aux médias, qui doivent éviter de leur offrir une tribune, de les normaliser ou de leur donner une visibilité excessive.

L’invitation de Jordan Bardella à la Maison de Hongrie à Bruxelles constitue une rupture avec ce cordon sanitaire. Ce lieu déjà fortement associé aux politiques autoritaires du gouvernement de Viktor Orbán, avec lequel le Rassemblement National s’est déjà allié, a ainsi servi de plateforme pour un discours d’extrême droite qui n’a pas sa place dans une capitale européenne fière de ses valeurs démocratiques et antifascistes.

Les manifestants présents ce jour-là ont clamé des slogans comme « Bardella casse-toi, Bruxelles ne veut pas de toi ! », affirmant haut et fort que les belges ne céderont pas à la légitimation des idées réactionnaires. Mais la déviance ne s’arrête pas là : certains médias belges, comme La DH, ont couvert l’événement en interviewant Bardella sur place, lui offrant ainsi explicitement une tribune et une visibilité qui vont à l’encontre de ce principe fondamental du cordon sanitaire. En accordant une telle couverture médiatique, ces médias ne se contentent pas de raconter l’événement, mais participent activement à la diffusion de son discours. Ce n’est pas seulement un écart éthique : c’est un danger pour la démocratie. Partager les propos de figures d’extrême droite comme Bardella revient à normaliser des idées qui, au lieu d’être marginalisées, sont mises en avant et propagées, menaçant ainsi les valeurs sur lesquelles repose la société démocratique.

Dans ce contexte, l’absence de remise en question par certains médias montre un détournement du rôle de la presse qui devrait agir comme un contre-pouvoir et non comme un relais de propagande pour des idéologies extrémistes. Il est crucial de rappeler que, dans une démocratie saine, la presse doit veiller à ne pas devenir complice de la diffusion de discours opposés à son principe.

La jeunesse en première ligne

Ce rassemblement, imprégné d’une force collective, a réuni militants et citoyens autour d’un message clair : l’extrême droite ne doit surtout pas s’installer en Europe. Armés de pancartes, scandant des slogans et montrant un esprit de résistance inébranlable, ils ont exprimé le rejet de ces idéologies qui prennent de plus en plus d’ampleur à travers notre continent. Les manifestants n’ont pas seulement réagi à la présence de Bardella, mais ont fait entendre leur solidarité avec toutes les luttes antifascistes qui se mènent au niveau européen. Des slogans tels que « Siamo tutti antifascisti » (nous sommes tous antifascistes), résonnaient dans les rues, un appel à l’unité face à la montée de l’extrême droite avec le gouvernement Meloni.

La mobilisation a été soutenue par des collectifs antifascistes bien connus à Bruxelles, tels que Bruxelles Antifa et des syndicats comme la FGTB. Ces organisations, qui militent activement contre l’extrême droite et l’intolérance, ont pris part à la manifestation pour rappeler l’importance de la solidarité et de la résistance face aux discours haineux. Les manifestants ont souligné que l’extrême droite, déjà présente aux Pays-Bas, en Italie et bientôt en Allemagne, représente une menace sérieuse pour les démocraties européennes.

Cette journée de mobilisation a montré l’urgence d’un sursaut face à la montée inquiétante de forces politiques qui cherchent à affaiblir les fondements des valeurs démocratiques et égalitaires de la capitale européenne. La jeunesse bruxelloise a réaffirmé son engagement à défendre une société inclusive et respectueuse des droits humains, loin des idéologies discriminatoires qui cherchent à diviser.

Membre du collectif antifasciste
Photo de @david__mcn

Une réponse policière brutale

Malheureusement, la journée de mobilisation du 13 novembre n’a pas été uniquement marquée par des slogans et des revendications pacifiques. La violence démesurée des forces de l’ordre a intensifié la tension sur place. Alors que les manifestants tentaient de se rapprocher du lieu de l’événement, ils ont été violemment repoussés avec des jets de gaz lacrymogène, des canons à eau et des matraques, tous utilisés de manière excessive. Des témoignages font état d’une quarantaine d’arrestations arbitraires et d’intimidations systématiques, alors que plusieurs blessés ont dû être hospitalisés. En outre, des témoignages de propos racistes et homophobes sont apparus après la manifestation, exacerbant l’ampleur de la répression et de l’injustice vécue par les manifestants. Des scènes de brutalité policière ont provoqué une indignation générale, soulignant la disproportion entre la mobilisation pacifique des manifestants et la répression violente qui en a suivi.

Police présente lors de la manifestation
Photo de @david__mcn

La normalisation de l’extrême droite, un danger pour la démocratie

L’invitation de Jordan Bardella ne fait que souligner un problème croissant dans l’Europe actuelle : la banalisation de l’extrême droite. Bardella n’a pas seulement promu son livre Ce que je cherche, il a aussi utilisé cette opportunité pour légitimer des idées s’attaquant aux minorités. 

Les défenseurs de cette invitation invoquent souvent la liberté d’expression, mais à quel point cette liberté peut-elle être invoquée lorsqu’elle devient une tribune pour propager des discours de haine ? Comme l’ont fait remarquer plusieurs manifestants, cet événement dépasse les frontières belges, illustrant un combat contre un phénomène européen inquiétant : la montée des régimes autoritaires et des politiques anti-migratoires.

L’incapacité à défendre les principes essentiels de la démocratie, tels que la tolérance et l’inclusivité, met en péril la stabilité des institutions. Cet épisode soulève la question du rôle des institutions sociales et culturelles dans leurs choix de partenariat. Elles ne devraient en aucun cas offrir une tribune à ceux qui remettent en cause ces valeurs démocratiques fondamentales. En accueillant Bardella, les autorités bruxelloises n’ont pas saisi l’occasion d’affirmer une position claire contre ces dérives.

La réponse des manifestants, leur mobilisation et leur résistance face à une répression injustifiée envoient un message déterminé : Bruxelles ne renoncera pas de sitôt à sa tradition antifasciste. « Tant que c’est nécessaire, on reviendra, pour mettre l’extrême droite à sa juste place : dans les poubelles de l’histoire » :  ce message incarne une jeunesse bruxelloise résolue à s’opposer à toutes les formes de haine et à défendre les valeurs de tolérance et d’inclusivité. Bruxelles demeure ainsi un symbole fort dans une Europe en pleine mutation politique, fidèle à son engagement contre les idéologies réactionnaires.

Auteur/autrice

Laisser un commentaire